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Société

Pourquoi la Chine et l'Inde sont-elles si mauvaises au football?

Slate FR · mis à jour il y a 19 j

Malgré la taille de leur population et leur poids économique, ces deux pays échouent systématiquement à se qualifier pour la Coupe du monde..

Culture sportive locale

En Chine et en Inde, le football n’occupe pas la même place que dans d’autres régions du monde comme l’Europe ou l’Amérique latine. Historiquement, ces deux pays ont privilégié d’autres sports, comme le cricket en Inde ou le basket-ball et le tennis de table en Chine. Le football y est souvent perçu comme un sport mineur, moins médiatisé et moins valorisé socialement. Par exemple, en Inde, le cricket domine largement, avec une audience télévisuelle représentant plus de 80 % du marché sportif, tandis que le football ne dépasse pas 5 %. En Chine, malgré des investissements récents, le football reste moins populaire que le basket-ball, où la NBA (ligue professionnelle américaine) attire des millions de fans. Cette préférence culturelle explique en partie le manque d’engouement pour le football et, par conséquent, le faible vivier de joueurs talentueux.

Système de formation déficient

Le système de formation des jeunes footballeurs en Chine et en Inde est souvent critiqué pour son inefficacité. En Chine, les académies de football, bien que nombreuses, souffrent d’un manque de qualité et de professionnalisme. Beaucoup de ces structures sont gérées par des investisseurs locaux ou des gouvernements provinciaux, sans coordination nationale ni standards clairs. En Inde, la AIFF (All India Football Federation, fédération nationale de football) a tenté de moderniser le système, mais les résultats restent limités. Par exemple, seulement 10 % des jeunes joueurs indiens suivent une formation structurée, contre 60 % en Europe. De plus, les infrastructures sont souvent insuffisantes : en Chine, 70 % des terrains de football sont de mauvaise qualité, et en Inde, moins de 1 % des écoles disposent d’un terrain dédié. Ces lacunes freinent l’émergence de talents.

Manque d’investissement public

Les gouvernements chinois et indiens ont longtemps sous-estimé l’importance d’investir dans le football, malgré des budgets colossaux dans d’autres domaines. En Chine, le football a bénéficié d’un regain d’intérêt depuis 2011, lorsque le président Xi Jinping a exprimé son ambition de voir son pays organiser et remporter une Coupe du monde. Cependant, les fonds alloués restent concentrés sur des projets ponctuels, comme l’acquisition de clubs européens (comme l’Inter Milan par Suning en 2016 pour 270 millions d’euros) ou la construction de stades, plutôt que sur la formation des jeunes. En Inde, le football a reçu un coup de pouce en 2017 avec l’arrivée de la ISL (Indian Super League), une ligue professionnelle, mais les investissements publics restent faibles : seulement 0,1 % du budget sportif indien est consacré au football, contre 10 % en Europe. Ces choix limitent le développement à long terme.

Priorités économiques divergentes

La Chine et l’Inde ont des économies en forte croissance, mais leurs priorités diffèrent de celles des pays où le football est roi. En Chine, l’accent est mis sur des secteurs comme la technologie, l’industrie ou l’immobilier, où les retours sur investissement sont rapides. Le football, bien que médiatisé, n’est pas considéré comme une priorité économique stratégique. En Inde, l’économie repose davantage sur les services et l’agriculture, avec un secteur sportif dominé par le cricket, bien plus lucratif. Par exemple, la IPL (Indian Premier League, ligue de cricket) génère plus de 10 milliards de dollars par an, tandis que la ISL (football) peine à dépasser les 50 millions. Cette hiérarchie des revenus décourage les investisseurs privés de se tourner vers le football.

Résultats sportifs décevants

Les performances des équipes nationales chinoises et indiennes au football confirment ces difficultés structurelles. L’équipe masculine de Chine n’a jamais participé à une Coupe du monde, et son meilleur classement FIFA (75e en 2013) reste modeste. L’Inde, quant à elle, a participé à une seule Coupe du monde (en 1950, mais n’a pas joué), et son classement FIFA (106e en 2023) reflète un niveau très faible. Ces résultats s’expliquent par un manque de compétition internationale pour les jeunes joueurs, des infrastructures inadaptées et une absence de culture du sport collectif. En comparaison, des pays comme le Japon ou la Corée du Sud, qui ont investi massivement dans le football depuis les années 1990, ont vu leurs équipes progresser significativement, avec des qualifications régulières en Coupe du monde.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ces défis, la Chine et l’Inde ont lancé des projets ambitieux pour développer le football. En Chine, le gouvernement a annoncé en 2015 un plan sur 50 ans visant à former 50 millions de jeunes footballeurs et à construire 70 000 terrains d’ici 2030. En Inde, la *AIFF* a signé un partenariat avec la *FIFA* en 2017 pour moderniser le football, avec un budget de 1,2 milliard de dollars sur 10 ans. Cependant, ces initiatives peinent à porter leurs fruits en raison de problèmes structurels persistants, comme la corruption, le manque de transparence ou l’absence de coordination entre les acteurs locaux. Par exemple, en Chine, seulement 20 % des fonds alloués au football sont effectivement utilisés pour la formation, le reste étant détourné ou mal géré. Ces échecs montrent que les bonnes intentions ne suffisent pas sans une refonte profonde du système.

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