Pour atteindre l'espace, les grandes entreprises européennes qui se font concurrence sont condamnées à... collaborer
Deux chercheuses montpelliéraines indiquent qu'Airbus, Thales Alenia Space et OHB ne peuvent réussir Galileo, Copernicus ou IRIS² qu'en coopérant avec leurs concurrents. Le management de cette « coopétition » décide du succès spatial européen..
L'Europe spatiale est engagée dans une compétition intense entre ses grandes entreprises pour conquérir l'espace. Ces acteurs, comme ArianeGroup (spécialisé dans les lanceurs spatiaux) ou Thales Alenia Space (constructeur de satellites), se disputent des parts de marché face à des concurrents internationaux comme SpaceX (États-Unis) ou Blue Origin (États-Unis). Cette rivalité s'explique par l'enjeu économique et stratégique que représente l'accès à l'espace, notamment pour les télécommunications, l'observation de la Terre ou les missions scientifiques. Cependant, malgré cette concurrence, les entreprises européennes sont contraintes de collaborer pour rester compétitives. En effet, les coûts de développement des technologies spatiales sont extrêmement élevés, et aucun pays européen ne peut, seul, rivaliser avec les budgets colossaux des géants américains ou chinois.
La collaboration entre entreprises européennes est devenue une nécessité pour plusieurs raisons. D'abord, les projets spatiaux nécessitent des investissements massifs, souvent supérieurs à ce qu'un seul pays ou une seule entreprise peut supporter. Par exemple, le développement du lanceur Ariane 6, successeur d'Ariane 5, a coûté plusieurs milliards d'euros et mobilisé des centaines d'entreprises et de centres de recherche dans toute l'Europe. Ensuite, la fragmentation des compétences et des infrastructures spatiales en Europe rend la coopération indispensable. Des pays comme la France, l'Allemagne ou l'Italie possèdent chacun des expertises spécifiques (moteurs, satellites, systèmes de navigation), mais aucun ne peut couvrir l'ensemble des besoins seul. Enfin, la concurrence internationale impose une réponse unie : les États-Unis et la Chine avancent à un rythme soutenu, avec des budgets publics et privés bien plus importants que ceux de l'Europe.
Plusieurs initiatives illustrent cette tendance à la collaboration en Europe. Le programme Ariane 6, lancé en 2014, rassemble des acteurs de 13 pays européens sous la coordination de l'Agence spatiale européenne (ESA). Ce projet vise à développer un lanceur plus compétitif que l'Ariane 5, avec un coût réduit de 40 % par lancement. Une autre illustration est le projet Galileo, le système de navigation par satellite européen, qui implique des centaines d'entreprises et d'institutions dans toute l'Europe. Ces collaborations permettent de mutualiser les ressources, de partager les risques et de bénéficier des avantages comparatifs de chaque pays. Elles sont souvent encadrées par des accords intergouvernementaux ou des programmes de l'ESA, qui joue un rôle central dans la coordination.
L'Agence spatiale européenne (ESA), fondée en 1975, est l'acteur clé de cette dynamique collaborative. Elle coordonne les efforts des États membres et des entreprises pour éviter les doublons et maximiser l'efficacité des investissements. Les États européens, comme la France ou l'Allemagne, jouent également un rôle crucial en finançant une partie des projets spatiaux. Par exemple, la France a investi plus de 2 milliards d'euros dans le développement d'Ariane 6. Ces contributions publiques sont souvent complétées par des partenariats public-privé, où les entreprises comme Airbus ou Safran apportent leur expertise technique et leur capacité d'innovation. Sans ce soutien des États et de l'ESA, les entreprises européennes ne pourraient pas rivaliser avec leurs concurrents internationaux.
Malgré ces collaborations, le secteur spatial européen fait face à plusieurs défis. Le premier est la lenteur des processus décisionnels, liée à la nécessité de trouver des compromis entre les 22 États membres de l'*ESA*. Le deuxième est la dépendance aux technologies américaines ou chinoises pour certains composants critiques, comme les puces électroniques ou les moteurs. Enfin, la concurrence interne entre les entreprises européennes peut freiner la coopération. Par exemple, *ArianeGroup* et *Rocket Lab* (une entreprise européenne basée en Nouvelle-Zélande) sont en compétition sur le marché des petits lanceurs, ce qui complique une collaboration totale. Ces limites montrent que, même si la collaboration est indispensable, elle reste un processus complexe et imparfait.

