Un dernier test pour les chefs de partis
Le débat de Radio-Canada est d’autant plus crucial pour les chefs que le vote par anticipation commence dimanche..
Le mercredi 25 septembre 2024, les cinq chefs des principaux partis politiques du Québec (Parti québécois, Parti libéral du Québec, Coalition avenir Québec, Parti conservateur du Québec et Québec solidaire) ont participé à leur troisième et dernier débat télévisé avant les élections du 5 octobre 2026. Cet événement organisé par Radio-Canada était particulièrement important, car le vote par anticipation débutait le dimanche suivant (27 et 28 septembre). Le débat a permis aux chefs d’exposer leurs visions sur des sujets clés comme l’avenir du Québec, la santé, l’économie et les relations avec le Canada. Les sondages publiés la veille plaçaient le Parti québécois en tête avec 29 % des intentions de vote, suivi du Parti libéral (23 %), de la CAQ (21 %), du Parti conservateur (17 %) et de Québec solidaire (10 %).
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), a réaffirmé son soutien à la tenue d’un référendum sur la souveraineté du Québec, mais a indiqué qu’il attendrait un « moment adéquat », notamment après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche en janvier 2019. Il a qualifié son approche de « camp de l’optimisme », bien que seulement 30 % de la population soutienne actuellement l’idée d’un Québec indépendant. À l’inverse, il a critiqué les autres chefs (Charles Milliard du PLQ, Christine Fréchette de la CAQ et Éric Duhaime du PCQ) qu’il accuse d’appartenir au « camp du pessimisme et de la hargne » pour décourager ce débat. Éric Duhaime a rétorqué que le PQ devait « entendre ces gens » opposés à un référendum, tandis que Christine Fréchette a réaffirmé qu’il n’y aurait « pas de référendum » sous sa gouverne. Charles Milliard, lui, a défendu l’idée d’un Québec intégré au Canada, qualifiant les autres chefs de « quatre nuances de OUI » en référence à leur position lors du référendum de 1995.
Lors du débat, les chefs ont été interpellés par une citoyenne, Tania Lamoureux, qui a expliqué attendre depuis des années un médecin de famille malgré son inscription dans un GMF (Groupe de médecine de famille). Christine Fréchette (CAQ) a reconnu que « beaucoup de travail reste à faire » et a réitéré la promesse de son parti d’offrir un médecin ou un GMF à chaque Québécois. Charles Milliard (PLQ) a accusé la CAQ de « trahir les Québécois » en ne tenant pas ses promesses de 2022. Paul St-Pierre Plamondon (PQ) et Ruba Ghazal (QS) ont évoqué l’importance des CLSC (Centres locaux de services communautaires) et de la prévention, tandis qu’Éric Duhaime (PCQ) a proposé de recourir au privé pour résoudre le problème. Ruba Ghazal a mis en garde contre cette solution, craignant qu’elle ne « siphonne » les ressources du public vers le privé.
Le thème du « mur budgétaire » a opposé les chefs, notamment Éric Duhaime (PCQ) et Christine Fréchette (CAQ). Duhaime a déclaré que « l’orgie de dépenses est terminée » et a promis des baisses d’impôts de 11 116 $ par ménage, tout en critiquant le FDE (Fonds de développement économique), un outil utilisé par la CAQ pour subventionner les entreprises. Paul St-Pierre Plamondon (PQ) a promis de ne pas réduire les postes essentiels, mais de « couper dans la bureaucratie » et les « chèques-cadeaux » aux entreprises, qu’il juge excessifs. Christine Fréchette a défendu le FDE, arguant que sans entreprises, les baisses d’impôts n’auraient pas d’effet. Ruba Ghazal (QS) a mis en garde contre les coupures, affirmant que « peu importe l’outil utilisé, ça va saigner dans nos services publics ».
Le débat a également porté sur le projet controversé du troisième lien entre Québec et Lévis, un tunnel routier sous le fleuve Saint-Laurent. Éric Duhaime (PCQ) a critiqué le manque de clarté du Parti québécois (PQ) sur ce dossier, exigeant un plan détaillé avant le scrutin. Paul St-Pierre Plamondon (PQ) a renvoyé aux travaux de la Caisse de dépôt et placement du Québec sur la mobilité à Québec et a promis un plan avant la fin de la campagne. Ce projet, très débattu dans la région de la Capitale-Nationale, cristallise les tensions entre développement économique et préservation des services publics.
Le conflit tarifaire entre le Canada et les États-Unis a été abordé, notamment par Paul St-Pierre Plamondon (PQ), qui a accusé le gouvernement canadien d’avoir imposé des contre-tarifs « dollar pour dollar » aux États-Unis, en contradiction avec les intérêts du Québec. Christine Fréchette (CAQ) a rétorqué que les « deux lignes rouges » tracées par son parti (gestion de l’offre et protection du français) n’avaient pas été franchies par le gouvernement de Mark Carney. St-Pierre Plamondon a conclu en posant la question : « Qui ici saura imposer le respect des intérêts du Québec ? », tandis que Fréchette a affirmé que « on la gère [la crise tarifaire] ».
Chaque chef a mis en avant des mesures phares pour séduire les électeurs. Christine Fréchette (CAQ) a présenté son « Plan famille », incluant des initiatives pour alléger le portefeuille des ménages. Charles Milliard (PLQ) a insisté sur la reprise du contrôle de l’économie et des services publics, notamment en santé et en éducation. Ruba Ghazal (QS) a évoqué des mesures contre la hausse du coût de la vie, tandis qu’Éric Duhaime (PCQ) a promis des baisses d’impôts massives et une réduction de la taille de l’État. Paul St-Pierre Plamondon (PQ) a réitéré son ambition de montrer que « la politique peut être utile aux gens » avec une équipe « capable de donner le changement ».

