Piscines publiques : quels sont les vrais risques pour la santé ? Une infectiologue répond
Sous l'apparence limpide des piscines publiques, des menaces invisibles se dissimulent. Germes, chloramines et maladies contagieuses s'invitent parfois, alertant les spécialistes de la santé.
Une eau de piscine limpide ne garantit pas son innocuité microbiologique. Le chlore, utilisé pour désinfecter les bassins, a des limites : il ne tue pas tous les pathogènes instantanément. Son efficacité dépend de la température de l’eau, de son pH, du temps de contact avec les microbes et de leur concentration initiale. Par exemple, le Cryptosporidium, un protozoaire microscopique, peut survivre jusqu’à dix jours dans une eau chlorée aux niveaux réglementaires. Ce microbe provoque des diarrhées sévères, surtout chez les enfants, en cas d’ingestion accidentelle. D’autres germes comme Pseudomonas aeruginosa ou les adénovirus résistent aussi plusieurs heures dans l’eau. Les biofilms, des couches de microbes accrochées aux parois, compliquent encore leur élimination. Les gestionnaires de piscines doivent donc surveiller en permanence la qualité de l’eau pour limiter ces risques.
Les usagers sont la principale source de contamination des piscines. En nageant, ils libèrent dans l’eau de la sueur, de l’urine, des cellules mortes, des sécrétions ou des résidus de crème solaire. Ces substances réagissent avec le chlore pour former des chloramines, des sous-produits irritants responsables de l’odeur caractéristique des piscines. Kelly Reynolds, professeure en santé environnementale, souligne qu’un bassin bien entretenu ne devrait presque pas sentir le chlore. Les chloramines s’évaporent et s’accumulent près de la surface de l’eau, où les nageurs respirent. Dans les piscines couvertes mal ventilées, elles peuvent provoquer des irritations cutanées, oculaires ou des troubles respiratoires, notamment chez les enfants ou les asthmatiques. Ces effets sont sous-estimés par le public.
Les piscines publiques peuvent transmettre des infections, souvent discrètes mais bien réelles. La bactérie Pseudomonas aeruginosa cause des otites externes (otites du nageur) ou des folliculites, des infections bénignes mais gênantes. Des virus comme le norovirus, l’adénovirus ou l’hépatite A circulent aussi dans l’eau, surtout lors d’affluences importantes ou si une personne contaminée se baigne. Ces virus sont très résistants, parfois même aux désinfectants. Le norovirus, par exemple, est extrêmement contagieux : quelques particules suffisent à déclencher une infection. L’immunologiste Amesh Adalja compare le risque dans une piscine à celui d’un avion ou d’un métro. L’eau favorise le transfert direct de germes via les muqueuses ou l’ingestion accidentelle, mais le danger reste modéré si des précautions sont prises.
Pour réduire les risques, des gestes simples sont efficaces. Prendre une douche avant de nager élimine jusqu’à 90 % des impuretés corporelles, limitant ainsi la formation de chloramines et améliorant l’action du chlore. Il est aussi crucial de ne pas se baigner en cas de symptômes digestifs, même légers, et d’attendre au moins quatorze jours après leur disparition pour éviter toute transmission résiduelle. Les jeunes enfants doivent être surveillés de près : changer leurs couches dans les espaces dédiés et les faire passer aux toilettes régulièrement limite les contaminations. Les gestionnaires de piscines ont un rôle clé : contrôler deux fois par jour les niveaux de chlore et de pH, assurer une ventilation efficace en intérieur pour dissiper les vapeurs de chloramines, et informer clairement le public sur ces règles d’hygiène. Ces mesures combinées transforment la piscine en un espace de détente plus sûr.

