L’IA devient un enjeu politique aux États-Unis, pourrait-elle le devenir au Canada?
Mark Carney ne propose pas de mettre un coup de frein sur la technologie, mais évoque un «conseil de la stabilité»..
Aux États-Unis, l’intelligence artificielle (IA) devient un sujet de débat politique intense. Le président Donald Trump s’oppose fermement à toute régulation de cette technologie, qu’il considère comme un moteur économique essentiel pour son pays. Il a récemment qualifié les craintes liées à l’IA, comme celles concernant le réchauffement climatique, de « canular ». Trump, lui-même utilisateur d’outils d’IA pour générer des images, défend une approche de laisser-faire, sans frein au développement. Cette position a provoqué une réaction vive de l’opposition démocrate, qui y voit une menace. L’ex-président Barack Obama a ainsi qualifié une IA non encadrée de « danger » lors d’un discours en 2026. Les démocrates, comme les grandes figures de l’IA Dario Amodei (Anthropic), Sam Altman (OpenAI) et Elon Musk (xAI), appellent à un ralentissement du développement technologique pour éviter des risques imprévisibles.
Au Canada, le premier ministre Mark Carney adopte une approche plus mesurée. Lors d’une entrevue avec Bloomberg en 2026, il a évoqué la création d’un « conseil de la stabilité » en matière d’IA, une instance internationale visant à encadrer les risques à long terme, comme les menaces existentielles pour l’humanité. Contrairement aux États-Unis, Carney n’a pas proposé de ralentir le développement technologique, mais a insisté sur des « solutions pratiques » pour répondre aux problèmes immédiats posés par l’IA. Il a également mentionné avoir discuté de cette idée avec les dirigeants du G7. Cette position est critiquée par l’opposition, qui estime que le gouvernement canadien ne fait pas assez pour protéger la société. Le Canada a créé un poste de ministre de l’Intelligence artificielle en 2025, occupé par Evan Solomon, mais ce dernier n’a pas répondu aux questions sur l’appel au ralentissement de l’IA.
Les partis d’opposition au Canada dénoncent la stratégie du gouvernement en matière d’IA, jugée trop passive. Le député du Bloc québécois Gabriel Ste-Marie affirme que la stratégie fédérale, dévoilée au printemps 2025, « ressemble à un texte écrit par l’industrie » et ne suffit pas à protéger les citoyens. Il propose la création d’une institution internationale dédiée à l’IA. La députée conservatrice Leslyn Lewis a appelé à une mobilisation collective pour « protéger l’avenir de l’humanité et la liberté », critiquant l’alignement du Canada sur la position américaine. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Avi Lewis, a fait de la maîtrise de l’IA un thème central de sa campagne à la direction du parti en 2026, demandant au gouvernement de « réglementer dans l’intérêt général » plutôt que de simplement applaudir les avancées technologiques.
Pour encadrer l’IA, plusieurs pistes sont envisagées au Canada. Le gouvernement fédéral, ainsi que les provinces, pourrait adopter des lois spécifiques pour réguler l’IA développée ou utilisée sur le territoire. Un projet de loi, C-34, déposé en juin 2026, vise à imposer une « conception sécuritaire » des plateformes numériques pour les enfants, sous la surveillance d’un nouvel organisme : la Commission canadienne de la sécurité numérique. Par ailleurs, Catherine Régis, professeure à l’Université de Montréal et membre de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila), souligne que le Canada ne peut agir seul pour ralentir l’IA, car les entreprises américaines dominent ce secteur. Elle recommande une approche à deux niveaux : participer à des initiatives internationales comme le « conseil de la stabilité », tout en adoptant des réglementations nationales strictes.
L’industrie canadienne de l’IA réagit également aux débats en cours. L’entreprise **Cohere**, basée au Canada, a critiqué l’idée de confier la régulation de l’IA aux grandes entreprises américaines, qui dominent le secteur. Cette position rejoint celle des experts comme Catherine Régis, qui mettent en garde contre une dépendance excessive envers les acteurs étrangers. Le Canada mise aussi sur l’éducation, avec un projet visant à enseigner aux enfants comment utiliser l’IA de manière responsable. Cette approche s’inscrit dans une stratégie plus large, présentée au printemps 2025, qui vise à préparer la population aux défis et opportunités liés à cette technologie. Cependant, les critiques soulignent que ces mesures restent insuffisantes face à l’urgence d’agir.

