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Sommes-nous prêts à faire confiance à l’IA pour organiser nos vacances ?

The Conversation France · mis à jour 5 juil.

« Je vais passer une semaine à Rome en amoureux, trouve-moi cinq hôtels romantiques en centre-ville. » Faites-vous confiance aux IA génératives pour vous aider à organiser vos vacances ? Une nouvelle étude montre les points de résistance à l’utilisation de ces nouvelles technologies.

L'IA comme outil de voyage

Les assistants d’intelligence artificielle (IA) générative, comme ChatGPT, sont de plus en plus capables d’aider à organiser des voyages. Ils peuvent concevoir des itinéraires, rechercher des destinations, réserver des prestations touristiques ou résoudre des problèmes en temps réel. Par exemple, une simple commande comme « Trouve-moi cinq hôtels romantiques en centre-ville à Rome » peut être exécutée par ces outils. Cependant, malgré leur utilité potentielle, leur adoption reste limitée. Une enquête de Longwoods International en 2023 révèle que seulement 33 % des voyageurs américains sont prêts à utiliser ChatGPT pour planifier leurs vacances. Cette résistance s’observe aussi dans d’autres pays, comme la Corée du Sud, où les normes culturelles et la confiance dans le numérique diffèrent des attentes occidentales.

Une étude en Iran

Pour comprendre les raisons de cette réticence, une étude récente a été menée en Iran, un pays où le tourisme représente une source majeure de revenus. Les chercheurs ont interrogé des voyageurs ayant effectué au moins quatre voyages internationaux ces trois dernières années. Les participants ont été recrutés via des agences de voyage spécialisées et des comptes Instagram dédiés au voyage. Au total, 22 entretiens ont été réalisés, un nombre suffisant pour atteindre la saturation théorique (lorsque les nouvelles données n’apportent plus d’informations nouvelles). Cette méthode qualitative permet d’explorer en profondeur les perceptions des utilisateurs, contrairement aux études quantitatives qui privilégient les grands échantillons.

Barrières fonctionnelles

La résistance à l’IA pour organiser des voyages ne se limite pas à une question de méfiance technologique. Elle repose aussi sur des obstacles pratiques. Par exemple, les interfaces des outils d’IA sont souvent jugées encombrantes ou peu intuitives. Un utilisateur peut obtenir une suggestion de vol via ChatGPT, mais devra ensuite basculer vers une autre plateforme pour effectuer la réservation. De plus, les suggestions de l’IA sont parfois perçues comme génériques et peu utiles, comparables à une simple recherche sur Google. Enfin, le risque d’hallucinations de l’IA (lorsque le système génère des informations fausses ou obsolètes avec assurance) est un frein majeur. Un participant a expliqué avoir reçu des erreurs sur des sites classés par l’UNESCO ou des règles de visa incorrectes, des données pourtant facilement vérifiables en ligne.

Enjeux culturels et identitaires

Au-delà des problèmes techniques, l’IA menace aussi une dimension plus personnelle : l’identité du voyageur. Pour beaucoup, organiser un voyage est un acte créatif et gratifiant, presque un rituel. Confier cette tâche à une machine peut donner l’impression de perdre le contrôle, rendant le voyage moins personnel. Dans la culture iranienne, par exemple, les recommandations de voyage reposent sur des liens humains et une confiance relationnelle. Demander conseil à un proche qui a déjà visité un lieu est perçu comme bien plus authentique qu’une suggestion algorithmique. L’IA, perçue comme froide et impersonnelle, est donc souvent rejetée au profit de ces échanges humains.

Trois profils de résistants

L’étude identifie trois types de voyageurs réticents face à l’IA. Les opposants considèrent la planification de voyage comme un acte personnel et relationnel, et voient l’IA comme une menace pour leur autonomie. Les temporisateurs ne sont pas hostiles à la technologie, mais attendent des preuves de son efficacité avant de l’adopter. Enfin, les leaders d’opinion s’opposent activement à l’IA, la critiquant comme un outil biaisé par l’Occident ou culturellement déconnecté, incapable de comprendre les réalités locales. Ces profils montrent que la résistance n’est pas uniforme et dépend de valeurs, d’expériences et de contextes culturels.

Ce que ça pourrait changer

Pour surmonter ces réticences, les développeurs pourraient concevoir des modèles hybrides, où l’IA joue un rôle de soutien plutôt que de remplacement. Le voyage reste une expérience profondément humaine, ancrée dans les interactions sociales. Les outils d’IA devraient donc intégrer des nuances culturelles et émotionnelles pour gagner la confiance des utilisateurs. Par exemple, combiner les suggestions algorithmiques avec des avis humains ou des recommandations locales pourrait rendre l’expérience plus authentique. Tant que ces aspects ne seront pas pris en compte, beaucoup préféreront encore échanger avec un ami ou un guide local plutôt qu’avec un robot.

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