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Manifestations dans les lycées français : éducation et politique s’entrechoquent

ICI Radio-Canada · mis à jour 6 oct.

Lundi, un élève de 15 ans a perdu une main dans le nord du pays. Les politiciens se lancent dans la mêlée..

Mouvement en hausse

Un mouvement de contestation dans les lycées français ne faiblit pas depuis la mi-septembre 2026. Une nouvelle journée nationale de manifestations est prévue le mardi 6 octobre 2026, alors que les tensions s’intensifient. Vendredi 3 octobre 2026, près de 800 lycées sur 3 700, soit environ un sur cinq, étaient perturbés. Ce chiffre permet d’évaluer l’ampleur croissante du mouvement. La troisième manifestation nationale en deux semaines vise à montrer si le mouvement gagne en puissance ou non. Les tensions sont particulièrement vives dans le nord de la France, où un élève de 15 ans a perdu une main lors d’un blocage. Les autorités évoquent près de 6 000 arrestations depuis la semaine dernière, dont 85 % concernent des mineurs. Parmi les établissements touchés, 24 écoles ont été incendiées ou saccagées.

Violence et répression

Les manifestations lycéennes en France s’accompagnent d’une escalade de violence et de répression. Selon les autorités, près de 200 jeunes et 600 policiers ont été blessés lors des affrontements. Environ 80 membres du personnel de l’éducation ont également été touchés. Les images montrent des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, notamment devant le lycée Le Corbusier à Aubervilliers, près de Paris. Les autorités attribuent une partie des violences à des casseurs sans lien avec le mouvement étudiant. Pour y répondre, le gouvernement envisage une loi anticasseurs, avec des amendes pouvant atteindre 10 000 euros pour participation à une émeute jugée illégale. Le projet de loi prévoit aussi de prélever des fonds sur les prestations familiales pour réparer les dégâts causés.

Revendications scolaires

Les lycéens dénoncent principalement l’état de dégradation de l’école publique en France. Selon une étude de l’Alliance écologique et sociale (AES), 30 % des établissements scolaires sont vétustes, et 80 % contiennent encore de l’amiante, un matériau cancérigène interdit depuis 50 ans. La rénovation de ces bâtiments est complexe et coûteuse. Par ailleurs, près de 3 000 postes d’enseignants ne sont pas pourvus, faute de candidats. Cela entraîne une hausse du nombre d’élèves par classe, qui atteint en moyenne 30,5 élèves, et une augmentation des heures de cours non remplacées, passant de 5 % il y a dix ans à 7,5 % aujourd’hui. Les emplois du temps avec des trous entre les cours sont également critiqués : selon un sondage de la FCPE-Paris (Fédération des conseils de parents d’élèves), 53 % des élèves interrogés ne sont pas satisfaits de leurs emplois du temps.

Échec scolaire et inégalités

La dégradation des conditions scolaires coïncide avec un recul des performances des élèves français dans les tests PISA, qui évaluent les systèmes éducatifs mondiaux en sciences, compréhension de texte et mathématiques. En 2026, la France se classe en milieu de peloton parmi les pays riches, derrière le Canada et le Québec. Les inégalités sociales jouent un rôle majeur : les élèves issus de milieux favorisés obtiennent en moyenne 535 points en mathématiques, contre 422 pour ceux de milieux défavorisés, soit un écart de 113 points. Cet écart est plus élevé en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE (94 points) et a augmenté entre 2003 et 2022, contrairement à la tendance observée ailleurs. Ces inégalités renforcent l’idée que l’école française ne joue plus son rôle d’ascenseur social, comme l’explique le sociologue Fabien Truong : les lycées les moins attractifs socialement sont aussi ceux qui manquent le plus d’enseignants qualifiés.

Enjeux politiques

Le mouvement lycéen s’inscrit dans un contexte politique tendu en France, à sept mois du premier tour de l’élection présidentielle de 2027. Les partis d’extrême droite et de gauche radicale, comme le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen et La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, voient leurs scores progresser dans les sondages. LFI, qui compte plus de 40 % d’intentions de vote chez les 18-24 ans, soutient les manifestations et dénonce une répression policière excessive. À l’inverse, la droite et le gouvernement accusent LFI d’instrumentaliser les jeunes, tandis que le RN parle d’« émeutes organisées par des professionnels ». Le parti d’extrême droite propose une loi anticasseurs pour durcir les sanctions contre les participants aux émeutes, avec des amendes pouvant atteindre 10 000 euros.

Ce que ça pourrait changer

La situation française contraste avec celle d’autres pays comme le Canada, où les politiques éducatives visent davantage à réduire les inégalités sociales. Selon Pierre Canisius Kamanzi, professeur à l’Université de Montréal, le système canadien permet de rattraper son retard scolaire plus facilement qu’en France, où les parcours éducatifs sont plus rigides. Par exemple, au Canada, il est possible de retourner sur les bancs de l’école pour obtenir les prérequis nécessaires à l’entrée à l’université, une flexibilité absente en France. Cette rigidité contribue à maintenir les inégalités sociales, alors que l’école française était autrefois perçue comme un vecteur d’égalité des chances. Aujourd’hui, selon Anne Muxel, professeure à Sciences Po, les jeunes ne croient plus en l’école comme outil de promotion sociale.

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