Cybersécurité : que proposent les partis?
La cybersécurité peine à se tailler une place de choix dans les plateformes des partis politiques..
Les enjeux de cybersécurité sont cruciaux au Québec, touchant les citoyens, les entreprises et l'administration publique. Pourtant, cet aspect peine à figurer parmi les priorités des partis politiques lors des élections. Cinq partis ont été interrogés sur leurs propositions : seuls la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS) ont répondu directement. Les autres partis (Parti libéral du Québec (PLQ), Parti québécois (PQ), Parti conservateur du Québec (PCQ)) ont soit indiqué des engagements à venir, soit fourni des informations via leurs plateformes ou communications. Trois experts québécois ont été consultés pour identifier les défis majeurs, notamment la dépendance technologique envers les États-Unis et l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans les services publics.
La souveraineté numérique est devenue une priorité pour le Québec en raison des tensions commerciales avec les États-Unis et des risques liés à la dépendance envers des entreprises américaines comme Amazon, Google ou Microsoft. Ces entreprises sont soumises au CLOUD Act, une loi américaine pouvant les obliger à transmettre des données de leurs clients, même si leurs serveurs sont situés hors des États-Unis. Pour y remédier, les partis proposent des solutions variées. La CAQ mise sur le Nuage gouvernemental du Québec pour héberger les données sensibles de l'État et réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers. Le PLQ souhaite développer une expertise numérique interne et maîtriser l'architecture des données publiques. Le PQ et le PCQ privilégient les entreprises québécoises et les technologies open source (logiciels dont le code est accessible et modifiable par tous). La CAQ et QS s'accordent sur l'importance de cette souveraineté, tandis que le PLQ et le PQ insistent sur la maîtrise des contrats publics et la propriété intellectuelle.
L'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) générative dans les services publics pose des risques majeurs en matière de cybersécurité, notamment le Shadow AI, qui désigne l'utilisation non autorisée d'outils d'IA personnels par les fonctionnaires. Sébastien Gambs, professeur à l'UQAM, souligne que cela peut entraîner des failles de sécurité si les ministères appliquent des règles différentes. Pour y répondre, la CAQ a déjà établi un cadre strict pour l'IA dans les organismes publics, exigeant souveraineté numérique, réversibilité et auditabilité des solutions. QS s'oppose catégoriquement à l'utilisation de l'IA dans le domaine de la santé numérique en raison de la sensibilité des données. Le PLQ propose de confier au ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN) la responsabilité de l'encadrement de l'IA. Le PQ souhaite créer un comité d'experts pour évaluer les impacts de l'IA, tandis que le PCQ impose une gouvernance éthique stricte et une supervision humaine obligatoire pour les décisions critiques.
La cybercriminalité représente 50 % des crimes visant les Québécois, selon Benoît Dupont, professeur à l'Université de Montréal. Pourtant, les services de police et le système judiciaire ne semblent pas prioriser cette menace. Dupont estime que le Québec devrait développer des services d'accompagnement pour les victimes de crimes en ligne, comme des plateformes de signalement ou des équipes spécialisées. La CAQ propose un investissement de 14 millions de dollars sur quatre ans pour créer deux pôles d'expertise technologique à Montréal et Québec, ainsi qu'une équipe policière spécialisée dans la détection et l'enquête des cybercrimes. QS a annoncé la mise en place d'un service d'intervention de première ligne inspiré du projet néo-zélandais Netsafe, incluant un soutien aux victimes de cyberviolence et de harcèlement en ligne. Aucun engagement n'est mentionné par le PLQ, le PQ ou le PCQ sur ce sujet.
Les propositions des partis sur la cybersécurité varient significativement. La CAQ se distingue par des mesures concrètes comme le *Nuage gouvernemental du Québec* et un investissement de 14 millions de dollars pour lutter contre la cybercriminalité. QS adopte une position plus radicale, notamment en interdisant l'IA dans le domaine de la santé et en proposant un service de soutien aux victimes de cyberviolence. Le PLQ mise sur le développement d'une expertise interne et la maîtrise des contrats publics. Le PQ souhaite renforcer l'expertise québécoise et créer un comité d'encadrement pour l'IA. Le PCQ, enfin, prône une gouvernance éthique stricte et l'utilisation de technologies *open source*. Aucun parti n'a encore détaillé ses engagements pour trois des cinq partis interrogés, limitant la comparaison complète des propositions.

