« Combien de clients tu veux par jour? » : infiltration dans le monde des escortes
L'émission Enquête a infiltré l’une des plus importantes agences de prostitution de luxe à Montréal..
L’article révèle le fonctionnement d’une agence d’escortes de luxe à Montréal, Euphoria, dirigée par James Toth depuis 2015. Les escortes doivent gérer un minimum de trois clients par jour, facturés 280 $ chacun. L’agence prélève 80 $ par service, laissant 200 $ à l’escorte. Les paiements s’effectuent via des enveloppes cachées dans les chambres des appartements loués par l’agence, où un collecteur récupère l’argent en fin de journée. Les annonces sont publiées quotidiennement sur des forums en ligne, et un booker (gestionnaire de rendez-vous) centralise les demandes des clients. Les services de base, appelés Girl Friend Experience (GFE), incluent une pénétration avec condom, une fellation sans protection et des baisers, tandis que les « extras » (actes non inclus) sont facturés séparément par l’escorte.
Les clients de ces agences sont principalement des hommes d’affaires, des médecins, des avocats, des chefs d’entreprise ou des vedettes, attirés par la discrétion et le luxe. Les prix élevés (280 $ par service) servent à filtrer une clientèle solvable, prête à payer pour éviter les risques de chantage ou d’exposition. Selon une ancienne bookeuse, les clients réguliers représentent une part importante du chiffre d’affaires, certains fréquentant l’agence depuis plus de 10 ans. Le commandant Frédéric Martineau, chef de la section exploitation sexuelle au SPVM (Service de police de la Ville de Montréal), confirme que des personnalités du milieu culturel québécois, des policiers, des juges et des chefs d’entreprise figurent parmi les clients. L’agence Euphoria utilise des appartements dans un immeuble du quartier Griffintown, où un gardien de sécurité est informé de la présence d’une agence.
Malgré l’image luxueuse projetée, les escortes subissent des violences réelles : étranglement, pénétrations forcées, humiliations ou actes non consentis, souvent sous la pression des clients qui estiment tout se permettre « parce qu’ils paient ». Plusieurs témoignages évoquent des sévices sexuels, de la coercition et une pression quotidienne pour accepter des actes non désirés. Les agences, comme Euphoria ou XO (démantelée en 2025 pour proxénétisme et emploi d’une mineure), laissent parfois des clients violents revenir, car ils dépensent beaucoup. Le commandant Martineau souligne que ces agences transforment la prostitution en un modèle 2.0, où les pimps (proxénètes) externalisent la gestion des risques vers les escortes, tout en contrôlant leur activité via des fichiers clients et des règles strictes.
Au Canada, depuis 2014, la vente de services sexuels par une personne majeure n’est plus illégale, mais le proxénétisme, l’achat de services sexuels et la publicité pour autrui le sont. Pourtant, les agences comme Euphoria prospèrent en exploitant des failles juridiques. James Toth affirme ne pas craindre les forces de l’ordre, arguant que la fermeture des agences pousserait les escortes vers des situations plus dangereuses. Le SPVM admet que ces activités sont illégales, mais priorise les enquêtes impliquant des victimes ou des urgences. Malgré des arrestations (comme celle de l’agence XO en 2025), certaines bookeuses rouvrent discrètement de nouvelles agences. Le commandant Martineau précise que la police « a la mémoire longue » et que les dossiers sont suivis sur le long terme.
Le recrutement des escortes, souvent des jeunes femmes ou étudiantes, se fait via des annonces en ligne ou des contacts directs. James Toth, qui se présente comme graphiste ou comptable dans ses documents officiels, utilise un discours rassurant pour convaincre les nouvelles recrues : « Tu *deales* zéro avec le client », promettant un travail sans stress. Cependant, le contrôle est omniprésent : fichiers clients, règles strictes (minimum trois clients/jour), et pression pour respecter les services de base. Des ex-escortes comme Justine et Anne décrivent un système où l’argent est confisqué sous couvert de « sécurité », et où les *pimps* imposent un pouvoir absolu. Certaines jeunes recrues, comme Cassandre (pseudonyme), sont approchées directement par des patrons comme Toth, qui leur proposent des revenus attractifs sans mentionner les risques.

