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Culture

Anna Piaggi, l'apparition des "Fashion weeks"

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 4 j

Anna Piaggi, journaliste de mode, Italienne, fut l'une des figures les plus marquantes de l'histoire de la mode des années 70, 80, 90 et après. Excentrique et muse, une plume en son temps, redoutée..

Qui était Anna Piaggi

Anna Piaggi (1931-2012) était une journaliste de mode italienne devenue une figure majeure de la scène internationale de la mode entre les années 1970 et 2010. Excentrique et iconoclaste, elle a marqué son époque par son style vestimentaire unique et son approche audacieuse de la mode. Après avoir travaillé comme secrétaire, elle a quitté son emploi pour se consacrer à une carrière dans la presse de mode, où elle a dirigé le magazine Vanity Fair et collaboré avec des titres prestigieux comme L’Espresso, Panorama et Vogue. Son influence s’étendait bien au-delà des simples articles : elle était une muse pour les créateurs et une plume redoutée pour ses critiques acérées. Piaggi incarnait une indépendance totale vis-à-vis des jugements extérieurs, une qualité qu’elle partageait avec les excentriques décrits par la poétesse britannique Edith Sitwell dans son ouvrage English Eccentrics (1933).

L'excentricité comme philosophie

Selon Edith Sitwell, l’excentricité n’est pas un simple trait de caractère, mais une indépendance totale au jugement d’autrui. Anna Piaggi en était l’incarnation parfaite : elle ne se souciait ni des normes sociales ni des attentes des autres. Son style vestimentaire, souvent décrit comme un mélange de fripes et de haute couture, était une forme de mise en scène où chaque tenue était une œuvre d’art éphémère. Elle portait des chapeaux miniatures, des superpositions de couleurs et d’époques, des accessoires comme une canne ou une ombrelle, et des touches de maquillage originales, comme des ronds de fard orange. Piaggi ne cherchait pas à plaire ou à se conformer : elle affirmait son identité à travers ses choix vestimentaires, refusant toute répétition ou imitation. Ce comportement, rare à l’époque, préfigurait l’individualisme moderne.

Une influence majeure dans la mode

Anna Piaggi a joué un rôle clé dans l’émergence des Fashion weeks (semaines de la mode) telles qu’on les connaît aujourd’hui. Dans les années 1970, 1980 et 1990, aucun défilé de mode ne commençait sans sa présence. Elle a été une rampe de lancement pour de nombreux jeunes talents et une obsession pour les designers, qui craignaient ses critiques acides et son regard perçant. Ses colonnes dans Vogue Italia (de 1988 à 2012) étaient un mélange de français, d’anglais et d’italien, avec des images et des mots tracés à la main, des néologismes et une liberté d’expression totale. Contrairement aux pages traditionnelles des magazines, ses articles ne subissaient aucune censure des annonceurs, ce qui lui permettait une créativité sans limites. Son approche a redéfini le rôle des critiques de mode, passant d’une simple analyse à une forme d’art à part entière.

Héritage et comparaison avec l'époque actuelle

Anna Piaggi appartenait à une génération aujourd’hui disparue, où l’excentricité et l’authenticité étaient des valeurs centrales. Elle incarnait une forme de résistance face à la standardisation de la mode et des médias. Comparée aux influenceurs et influenceuses actuels, qui promeuvent souvent un culte de la consommation ou des tendances éphémères, Piaggi aurait sans doute défendu une vision plus exigeante de la beauté et de l’authenticité. Elle privilégiait le beau au sublime et rejetait les adorations superficielles, préférant une admiration sincère et réfléchie. Son héritage reste une référence pour ceux qui voient dans la mode bien plus qu’un simple produit de consommation : une forme d’expression artistique et personnelle.

Ce que ça pourrait changer

Le style vestimentaire d’Anna Piaggi était immédiatement reconnaissable : des tenues qui mélangeaient des pièces de haute couture et des vêtements de friperie, des accessoires insolites comme des chapeaux miniatures ou des ombreslles, et un maquillage audacieux. Elle a collaboré avec de nombreux designers et marques, devenant une *muse* pour des créateurs comme Karl Lagerfeld ou Stella McCartney. Ses apparitions lors des défilés ou des événements mondains étaient toujours des moments attendus, où elle transformait la mode en une performance artistique. Même à 78 ans, en 2009, elle continuait d’inspirer par son originalité et son refus de se conformer aux attentes de son âge ou de son époque.

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