You Can See Everything : un documentaire lunaire, fascinant
Le documentaire retrace les derniers jours de liberté d'Elizabeth Holmes avant son emprisonnement pour fraude..
Le documentaire You Can See Everything retrace les 34 derniers jours de liberté d'Elizabeth Holmes, fondatrice de l'entreprise Theranos, avant son incarcération en mai 2023. Condamnée en 2022 à 11 ans de prison pour fraude envers ses investisseurs, elle a été acquittée des accusations de fraude envers les patients. Theranos, fondée en 2003, promettait de révolutionner les analyses sanguines en réalisant des centaines de tests à partir de quelques gouttes de sang, avec une technologie jugée peu fiable. À son apogée, l'entreprise était valorisée à 9 milliards de dollars américains. Le film explore les zones d'ombre de cette affaire, notamment les motivations d'Elizabeth Holmes à participer au documentaire, qu'elle présente comme une tentative de blanchir sa réputation.
Le documentaire est coréalisé par Nathan Fielder, connu pour ses docuréalités Nathan For You et The Rehearsal, ainsi que par Lance Oppenheim, réalisateur de Primetime. Nathan Fielder, reconnu pour ses entrevues confrontantes et son habileté à brouiller la frontière entre fiction et réalité, a été invité par Elizabeth Holmes et son mari, Billy Evans, à filmer leur vie familiale à San Diego. Le film adopte un style documentaire innovant, où le quatrième mur tombe, intégrant les coulisses du tournage dans le récit. Fielder se questionne constamment sur sa démarche et interroge Holmes sur ses contradictions, tandis que Billy Evans tente parfois de contrôler le récit, ajoutant une dimension de tension au film.
Elizabeth Holmes, aujourd'hui âgée de 42 ans, reste une figure énigmatique dans le documentaire. Elle nie en bloc les accusations de fraude et joue sur les mots pour justifier ses actions, affirmant même n'avoir jamais menti depuis son enfance. Son mari, Billy Evans, est décrit comme ayant un caractère imprévisible, avec des côtés plus sombres qui apparaissent progressivement. Le film inclut également des reconstitutions avec l'actrice Amanda Seyfried, qui a incarné Holmes dans la série The Dropout, pour représenter ses interactions en prison, où le tournage était interdit. Ces éléments soulèvent des questions sur les motivations réelles du couple à participer au projet.
Le documentaire, d'une durée de 174 minutes, a suscité une forte dissonance cognitive parmi les équipes de tournage, qui peinaient à s'entendre sur l'interprétation des événements filmés. Nathan Fielder a exprimé son malaise face à son rôle potentiellement voyeuriste, notamment lors d'une scène de nudité frontale impliquant Billy Evans. Le film, présenté dans quelques salles au Québec, laisse les spectateurs perplexes en ne fournissant pas de réponse définitive sur la sincérité d'Elizabeth Holmes. Il interroge également l'intégrité du documentaire lui-même, en intégrant les doutes du réalisateur sur sa propre démarche et en brouillant les frontières entre réalité et manipulation.
Le documentaire est distribué par le studio A24 et a été projeté dans des festivals internationaux comme Telluride et New York. Il est actuellement diffusé dans quelques salles au Québec, dont le Cinéma du Parc, le Cinéplex Odéon Quartier Latin et le Cinéma Banque Scotia à Montréal. Le film s'inscrit dans une tendance récente de productions qui explorent les déboires de la nouvelle économie, comme les séries *The Dropout*, *Theranos*, *WeWork* et *Uber*. Ces œuvres visent à analyser les échecs et les dérives d'entreprises emblématiques de la Silicon Valley, souvent portées par des figures charismatiques mais controversées.

