Écrits antisémites attribués à Bardella : un “coup dur pour la dédiabolisation du RN”
“Mediapart” a publié lundi des messages antisémites datant de 2013 attribués à Jordan Bardella alors qu’il était jeune militant du Front national. Ces révélations constituent, pour le parti d’extrême droite, “un coup de tonnerre dans un ciel jusque-là sans nuages sur le chemin de l’Élysée”, observe la presse européenne..
Le 28 septembre 2026, le média d'investigation Mediapart a publié des messages privés attribués à Jordan Bardella, alors jeune militant du Front national (devenu depuis le Rassemblement National, RN) entre 2013 et 2015. Ces écrits, datés de ses 17 à 19 ans, contiennent des propos antisémites jugés par plusieurs médias européens comme s'inscrivant dans le répertoire antisémite traditionnel. Parmi les affirmations relevées, Bardella aurait écrit que les banques sont toutes détenues par des Juifs, que le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, ou encore que le sionisme et la domination bancaire sont indissociables (avec des références à des institutions comme Goldman Sachs, Rothschild ou Lehman Brothers). Ces messages visent également des personnalités comme Bernard-Henri Lévy, Jacques Attali ou Pierre Moscovici, accusés de vouloir sauver les entreprises pour venger Moïse ou de promouvoir un nouvel ordre mondial dominé par Israël.
En réponse à ces révélations, Jordan Bardella a annoncé le 28 septembre 2026 une plainte en diffamation contre Mediapart, qu'il accuse de chercher à déstabiliser sa campagne pour l'élection présidentielle de 2027. Sur le réseau social X, il a déclaré : Je conteste formellement les accusations portées à mon endroit par Mediapart, me prêtant des propos délirants et antisémites, tout en qualifiant la presse de certaine presse militante. Marine Le Pen, présidente du RN et figure historique du parti, a soutenu Bardella en affirmant que les messages étaient un faux ou une barbouzerie, ajoutant : Ça ne peut être qu'un faux, qu'une barbouzerie dont Mediapart a le secret. Ces déclarations interviennent alors que le RN célèbre sa victoire aux sénatoriales du 28 septembre 2026, avec au moins 15 élus, lui permettant de créer un groupe au Sénat pour la première fois de son histoire.
Ces révélations surviennent dans un contexte politique français particulièrement tendu pour le RN. En septembre 2026, le parti d'extrême droite est en tête des sondages pour la présidentielle de 2027, ce qui en fait une cible privilégiée pour les médias et ses adversaires. Par ailleurs, Bardella a récemment tenté de dédiaboliser le RN en adoptant une image plus modérée, notamment en se présentant comme un défenseur de la communauté juive en France. En mars 2025, il s'était rendu au mémorial de la Shoah de Yad Vashem en Israël et avait participé à une conférence sur l'antisémitisme à Jérusalem, cherchant ainsi à se distancier de l'image antisémite historique du RN. Cependant, les écrits de 2013-2015 remettent en cause cette stratégie, d'autant que le parti a été fondé par d'anciens collaborateurs nazis et membres de la SS.
Les messages de Bardella révèlent également des aspects stratégiques de sa vision politique à l'époque. Selon Le Soir, il aurait écrit que la politique, c'est de la com, et se serait félicité que le discours du FN soit devenu plus poli pour attirer de nouveaux électeurs, tout en restant fidèle à son idéologie de base. Par ailleurs, des documents internes cités par Le Soir montrent que Bardella aurait conseillé aux militants de surveiller leurs publications pour éviter les polémiques. Ces révélations pourraient accentuer les tensions au sein du duo Le Pen-Bardella, déjà fragilisé par des divergences sur les questions économiques et par le mode de vie de Bardella, perçu comme éloigné de l'électorat traditionnel du RN, composé principalement de classes moyennes inférieures et d'habitants ruraux.
Plusieurs médias européens ont analysé l'impact de ces révélations sur l'image internationale du RN. Le quotidien italien *Il Giornale* parle d'un *coup de tonnerre* pour le parti, tandis que le britannique *The Daily Telegraph* souligne que ces accusations sont *particulièrement embarrassantes* au regard des efforts récents de Bardella pour se présenter comme pro-israélien. Le journal espagnol *El País* rappelle que le RN, bien qu'il se présente aujourd'hui comme un défenseur de la communauté juive, a des origines liées à des mouvements collaborationnistes. Enfin, le quotidien catalan *La Vanguardia* qualifie l'incident de *potentiellement grave* pour l'extrême droite, à sept mois de la présidentielle, et évoque un possible impact sur la relation entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, déjà fragilisée par d'autres sujets de discorde.

