Il y a 75 millions d'années, des requins nageaient là où s'étend désormais le désert égyptien
Quatorze dents fossiles exhumées du plateau d'Abu-Tartur, en Égypte, portent à sept le nombre d'espèces de requins identifiées dans une ancienne mer du Crétacé, aujourd'hui recouverte par le désert..
Il y a 75 millions d’années, une grande partie de l’actuel désert égyptien était recouverte par une mer peu profonde, appelée mer de Téthys. Cette étendue d’eau s’étendait sur une grande partie de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, bien avant que les mouvements des plaques tectoniques ne transforment cette région en désert. La mer de Téthys était un écosystème marin riche, abritant une biodiversité variée, similaire à celle des mers tropicales actuelles. Les scientifiques ont découvert des fossiles de requins et d’autres espèces marines dans des zones aujourd’hui désertiques, confirmant cette hypothèse.
Des paléontologues ont identifié des fossiles de requins datant de la fin du Crétacé, une période géologique qui s’étend de -145 à -66 millions d’années. Parmi ces fossiles, certains appartiennent à des espèces aujourd’hui disparues, comme le Squalicorax, un requin prédateur de taille moyenne, ou encore des dents de Cretoxyrhina, un ancêtre des requins blancs modernes. Ces découvertes ont été faites dans des dépôts sédimentaires situés dans l’actuel désert égyptien, notamment dans la région de Bahariya, connue pour ses riches gisements fossilifères.
Le climat de l’Égypte il y a 75 millions d’années était radicalement différent de celui d’aujourd’hui. La région bénéficiait d’un climat tropical à subtropical, avec des températures moyennes plus élevées et un taux d’humidité élevé. Cette période correspond à une phase de réchauffement climatique naturel, liée à des concentrations élevées de dioxyde de carbone (CO₂) dans l’atmosphère. Les sédiments marins et les fossiles retrouvés indiquent que cette mer peu profonde était bordée de mangroves et de forêts tropicales, offrant un habitat propice à une faune marine diversifiée.
Les preuves de l’existence de cette mer ancienne proviennent de l’étude des roches sédimentaires et des fossiles qu’elles contiennent. Les géologues ont identifié des couches de calcaire, de grès et d’argile, typiques de dépôts marins peu profonds. Les fossiles de requins, de poissons osseux et d’invertébrés marins, comme les ammonites, confirment la présence d’une étendue d’eau salée. Ces découvertes s’inscrivent dans le cadre d’une recherche plus large sur l’évolution des écosystèmes méditerranéens et africains.
Le passage d’une mer à un désert s’explique par des changements géologiques majeurs. Il y a environ 30 millions d’années, la collision entre les plaques tectoniques africaine et eurasienne a provoqué la surrection des montagnes, comme les *Alpes* et l’*Atlas*, modifiant les courants marins et asséchant progressivement la *mer de Téthys*. Ce processus a conduit à la formation du désert du Sahara, dont les premières traces remontent à environ 5 millions d’années. Aujourd’hui, les fossiles marins servent de témoignages de cette transformation.

