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Au Yémen, la ville de Mokha plongée dans la peur après l’arrivée des Houthis

Le Devoir · mis à jour il y a 2 j

La ville, qui a donné son nom au café Moka, s’est vidée d’une partie de sa population..

Prise de Mokha

La ville yéménite de Mokha, célèbre pour avoir donné son nom au café Moka, est désormais contrôlée par les Houthis depuis une semaine. Ces derniers, un mouvement armé antigouvernemental, ont pris le contrôle de ce port historique situé sur la mer Rouge. Les habitants décrivent une atmosphère de peur généralisée : les magasins ferment plus tôt, les écoles sont désertes et les familles restent cloîtrées chez elles. Selon Mahmoud, un chauffeur de bus de 34 ans, la vie quotidienne est paralysée. Les déplacements en soirée sont devenus rares, et l’électricité est coupée dès 20 heures, plongeant la ville dans l’obscurité. Les habitants craignent les représailles des Houthis et évitent de sortir, sauf par nécessité.

Contexte politique

Le Yémen est divisé depuis plus de dix ans entre deux camps : les Houthis, soutenus par l’Iran, et le gouvernement yéménite, reconnu internationalement et soutenu par l’Arabie saoudite. Les Houthis, aussi appelés Ansar Allah (« Partisans de Dieu »), font partie de l’« axe de la résistance », une alliance de groupes armés au Moyen-Orient opposés aux États-Unis et à Israël. Leur progression récente vers le détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime stratégique reliant l’Europe à l’Asie via la mer Rouge et le canal de Suez, inquiète la communauté internationale. Après avoir pris le contrôle de Hodeida, un autre port important, les Houthis ont étendu leur emprise sur toute la côte yéménite en quelques jours.

Fuite des habitants

Depuis le début des combats début septembre, au moins 112 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du Yémen, et près de 3 000 se sont réfugiées à Djibouti. Les familles fuient principalement vers Aden, une grande ville du sud où siège le gouvernement. Cependant, beaucoup restent sur place par manque de moyens financiers, notamment en raison de la hausse des prix des transports. Les déplacés internes, comme ceux arrivés à Mokha, transportent souvent des jerricans d’eau et des biens essentiels, illustrant les difficultés logistiques et économiques auxquelles ils sont confrontés. L’ONU souligne que cette crise aggrave la pression sur un système de réponse humanitaire déjà fragilisé.

Crainte pour les enfants

Les familles de Mokha refusent d’envoyer leurs enfants à l’école par peur de l’endoctrinement et du recrutement forcé par les Houthis. Cette crainte est partagée par de nombreux Yéménites, qui craignent que leurs enfants soient influencés par la propagande du mouvement ou intégrés de force dans leurs rangs. Youssef, un enseignant de 45 ans, explique que les autorités houthies tentent de remplacer les billets de banque locaux par de nouveaux, mais que les habitants, terrifiés, restent chez eux. Les ONG, les journalistes et les opposants sont également ciblés par les Houthis, ce qui renforce la méfiance de la population.

Crise économique et sanctions

Les Houthis font face à une pression économique accrue en raison des sanctions américaines imposées à leur mouvement. Ces sanctions visent à limiter leur capacité à financer leurs activités militaires et à affaiblir leur emprise sur les zones qu’ils contrôlent. À Mokha, cette pression se traduit par une hausse des prix des biens de première nécessité et une précarité grandissante pour les habitants. Les familles, déjà appauvries par des années de conflit, voient leurs conditions de vie se dégrader. Les sanctions ciblent également les revenus des Houthis, notamment ceux liés au commerce maritime dans la mer Rouge, une région clé pour les échanges mondiaux.

Ce que ça pourrait changer

La prise de Mokha par les Houthis et leur avancée vers le détroit de Bab el-Mandeb ont suscité des inquiétudes au niveau international. Ce détroit est une route maritime majeure, empruntée par des milliers de navires chaque année pour relier l’Europe à l’Asie. Son contrôle par les Houthis pourrait perturber le commerce mondial et aggraver les tensions géopolitiques dans la région. L’ONU a alerté sur la situation humanitaire au Yémen, où plus de 36 000 réfugiés, principalement originaires de Somalie et d’Éthiopie, sont déjà accueillis. Les frappes saoudiennes sur les zones contrôlées par les Houthis se sont intensifiées depuis début septembre, illustrant l’escalade du conflit.

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