On n'aurait jamais dû les trouver là : au Pérou, quatre momies préservées depuis plus de 1 000 ans pourraient réécrire l'histoire des Nazcas
Quatre momies nazcas dormaient près d'un temple wari, et non dans le cimetière voisin. Leurs tissus et leurs offrandes sont restés intacts mille ans.
Au Pérou, des archéologues ont mis au jour quatre momies humaines préservées depuis plus de 1 000 ans, dans une région où l’on ne s’attendait pas à en trouver. Ces momies, datées entre les années 900 et 1 400 après J.-C., appartiennent à la civilisation nazca, connue pour ses célèbres lignes géantes tracées dans le désert et son art céramique distinctif. Leur état de conservation exceptionnel, notamment grâce à l’aridité du climat local, offre une opportunité unique d’étudier des vestiges biologiques et culturels de cette époque. Les momies ont été découvertes dans une position inhabituelle, suggérant des pratiques funéraires différentes de celles généralement associées aux Nazcas, ce qui pourrait remettre en question certaines hypothèses établies sur cette civilisation.
Les Nazcas sont une civilisation précolombienne qui s’est développée principalement dans le sud du Pérou entre 300 avant J.-C. et 800 après J.-C., bien que leur influence se soit prolongée jusqu’au XVe siècle. Ils sont surtout célèbres pour leurs géoglyphes (motifs tracés sur le sol, comme les lignes de Nazca) et leurs céramiques polychromes aux motifs complexes. Les momies ont été trouvées dans une zone montagneuse, loin des sites funéraires traditionnels nazcas situés dans les vallées côtières. Cette localisation inattendue interroge les chercheurs, car elle pourrait indiquer une extension géographique plus large de la culture nazca ou des échanges avec d’autres groupes culturels de la région.
Les quatre momies ont été découvertes dans une position assise, les genoux repliés contre la poitrine, une posture rarement observée dans les sépultures nazcas classiques. Les archéologues ont également retrouvé des objets associés, comme des textiles et des poteries, qui pourraient fournir des indices sur le statut social ou les croyances des défunts. Cette découverte suggère que les pratiques funéraires nazcas étaient plus variées que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Les momies présentent des traces de momification naturelle, sans intervention humaine délibérée, ce qui est typique des climats arides comme celui du désert péruvien.
Si ces momies confirment leur appartenance à la civilisation nazca, leur localisation et leur posture pourraient réécrire une partie de l’histoire de ce peuple. Jusqu’à présent, les chercheurs pensaient que les Nazcas enterraient leurs morts principalement dans des nécropoles situées près des côtes, où le climat favorisait la conservation des corps. La découverte de ces momies en altitude remet en cause cette hypothèse et ouvre de nouvelles pistes de recherche sur les déplacements, les échanges ou les adaptations culturelles des Nazcas. Les analyses ADN et les datations au carbone 14, encore en cours, permettront de préciser leur origine exacte et leur lien avec d’autres groupes de la région.
Les momies ont été extraites avec soin pour éviter toute dégradation, grâce à des techniques modernes de conservation. Les chercheurs prévoient de les étudier sous plusieurs angles : analyses génétiques pour retracer leur ascendance, examens des textiles pour comprendre les techniques de tissage nazcas, et datations précises pour affiner leur période d’inhumation. Ces travaux pourraient révéler des détails inédits sur la vie quotidienne, l’alimentation ou les maladies de cette civilisation. Les résultats pourraient être publiés d’ici quelques années et contribuer à une réévaluation globale de l’histoire précolombienne du Pérou.

