À Miquelon, les habitants contraints de déménager face à la submersion marine : «Ça fait mal de me dire que cet endroit disparaîtra sous l’eau un jour»
Village français de 600 âmes situé au large du Canada, Miquelon sombrera sous les eaux dans les prochaines décennies à cause du réchauffement climatique. Plutôt que d’assister impuissant·es à la catastrophe, les habitant·es ont entrepris la construction d’un nouveau village, à 1,5 kilomètre de l’actuel..
Miquelon, dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon (territoire français en Amérique du Nord), est la première commune française à devoir déménager entièrement à cause du changement climatique. Le village, situé entre 0 et 3 mètres au-dessus du niveau de la mer, risque d’être submergé d’ici 2100 en raison de la hausse du niveau des océans, estimée à 3,7 mètres d’ici la fin du siècle selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Cette élévation est principalement causée par la fonte des glaces polaires et des glaciers. Le déménagement est organisé par la mairie de Miquelon-Langlade et coordonné par l’agence d’urbanisme Métamorphoses urbaines, basée en région parisienne.
Un nouveau village est en construction depuis septembre 2025 sur une butte surélevée à plus de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, une hauteur minimale fixée pour éviter les risques de submersion. Depuis le début des travaux, une dizaine de maisons ont déjà été construites. Le projet prévoit à terme plus de 60 nouvelles habitations ainsi qu’un refuge pour faire face aux aléas climatiques extrêmes. Les habitant·es participent activement à la construction de leur logement, une pratique courante à Miquelon en raison de l’isolement du territoire. La première phase des travaux touche à sa fin, mais une seconde phase, nécessitant un investissement d’environ 25 millions d’euros entre 2027 et 2031, est attendue.
Emmanuel Macron doit se rendre à Miquelon du 19 au 21 septembre 2026, une visite historique qui pourrait marquer l’annonce du financement de la deuxième phase des travaux. Cette visite est la deuxième d’un président de la République dans l’archipel. Anne-Solange Muis, géographe chargée de coordonner la relocalisation depuis 2022, espère que cette visite permettra de débloquer les fonds nécessaires pour accélérer le projet. Actuellement, seules quinze parcelles sont prévues dans le nouveau village, un nombre jugé insuffisant par les habitant·es.
Miquelon cumule plusieurs vulnérabilités face au changement climatique. En plus de la submersion marine, l’île est menacée par une nappe phréatique située sous le banc de galets qui la compose. En cas de cyclone, la dépression atmosphérique fait remonter cette nappe, aggravant les inondations dans les caves des habitations. L’isthme reliant Miquelon à Langlade, une bande de sable de 12 km abritant une grande biodiversité, pourrait également disparaître sous l’eau dans les prochaines décennies. Les tempêtes, plus fréquentes et intenses, aggravent l’érosion côtière, notamment en raison de la réduction des falaises de glace hivernales qui protégeaient autrefois le littoral.
Les Miquelonnais·es réagissent différemment au projet de relocalisation. Certains, comme Éric Coste, un jeune père de famille, s’opposent au déménagement et ont acheté une maison dans l’ancien village en 2020, malgré les risques. D’autres, comme Sabine Detcheverry, 66 ans, ont choisi de s’installer dans le nouveau village par crainte des vents violents et des inondations. Paul de Lizarraga, 78 ans, voit dans ce projet une nécessité pour assurer la sécurité des habitant·es, même si cela signifie quitter une maison construite de ses mains il y a plus de 50 ans. La jeunesse est divisée : Lou Coste, 22 ans, partie étudier au Québec, ne souhaite pas revenir, tandis que Layla Gaspard, 18 ans, reste indécise.
Le village de Miquelon a été fondé il y a près de trois siècles par des pêcheurs acadien·nes, basques et breton·nes. En 2014, le plan de prévention des risques littoraux (PPRL) a classé la quasi-totalité du village en zone rouge, rendant toute construction impossible. Cette décision a provoqué un choc, notamment pour les familles ayant hérité de terrains depuis des générations. Le Fonds Barnier, un financement européen créé en 1995 pour couvrir les dépenses liées aux catastrophes naturelles, permet désormais de racheter les maisons des habitant·es volontaires pour le déménagement. Franck Detcheverry, maire divers gauche de Miquelon depuis 2020, porte ce projet de relocalisation, qui vise à intégrer le risque climatique dans l’aménagement du territoire.
L’isthme de Miquelon-Langlade, une bande de sable de 12 km, abrite une biodiversité exceptionnelle, dont la plus grande colonie de phoques de France dans le *Grand Barachois*, une lagune de 1 000 hectares bordée de dunes. Cet écosystème unique pourrait disparaître sous l’eau dans les prochaines décennies. Par ailleurs, l’église des Ardilliers, construite au XIXe siècle et classée monument historique, est située dans le village menacé. Le patrimoine culturel et naturel de Miquelon est donc directement concerné par la montée des eaux et l’érosion côtière.

