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Société

Instagram a transformé la randonnée en défilé de mode, et ça n'a plus aucun sens

Slate FR · mis à jour 26 sept.

Longtemps associée à la déconnexion, la randonnée n'échappe plus à la dictature des réseaux sociaux. À mesure que les images de montagne circulent sur Instagram et TikTok, elles influencent la manière dont certains pratiquants choisissent leurs itinéraires et mettent en scène leurs sorties.

Randonnée en hausse

En 2026, la randonnée itinérante, ou trekking, connaît un essor marqué en France, notamment chez les jeunes. Selon un sondage de l'Union Sport & Cycle mené en 2025, 27 % des randonneurs ont déjà pratiqué une randonnée sur plusieurs jours, un chiffre qui atteint 52 % chez les 18-24 ans. Cette tendance est en partie alimentée par les influenceurs sur les réseaux sociaux, qui popularisent des pratiques comme le bivouac. Samuel Sempé, directeur du parc national des Écrins, souligne que cette affluence n'est pas inédite : les années 1980 avaient déjà connu un pic de fréquentation. Cependant, l'arrivée de ces néo-randonneurs, souvent attirés par les plateformes sociales, modifie les usages de la montagne.

Rôle des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la transformation des pratiques de randonnée. Une enquête du parc des Écrins en 2025 révèle que 25 % des visiteurs découvrent leur lieu de bivouac grâce à ces plateformes, un chiffre qui dépasse 30 % pour des sites comme le lac du Lauvitel ou le lac de la Muzelle. La popularité du bivouac a doublé entre 2021 et 2025, avec jusqu'à 215 tentes comptabilisées en une nuit en août 2025 sur les rives du lac de la Muzelle. Si le bouche-à-oreille reste le premier canal d'information, les réseaux sociaux occupent désormais une place majeure dans la diffusion des pratiques outdoor.

Pédagogie et préservation

L'afflux de néo-randonneurs oblige les parcs naturels, comme celui des Écrins, à adapter leur gestion. Samuel Sempé insiste sur la nécessité d'allier accueil et protection des espaces naturels. Pour cela, le parc mise sur la pédagogie : information, médiation, campagnes avec les offices de tourisme et, en dernier recours, des contrôles sur le terrain. L'objectif est de préserver les milieux fragiles tout en restant accessible aux nouveaux pratiquants. Cette approche vise à éviter la surfréquentation tout en maintenant une expérience qualitative pour tous.

Gorpcore : style et outdoor

La randonnée n'est plus seulement une activité sportive, mais aussi une expérience esthétique. Le terme gorpcore, apparu en 2017 sous la plume du journaliste Jason Chen, désigne une esthétique inspirée de l'équipement technique outdoor. Initialement conçu pour des fonctions pratiques (protection contre le froid, la pluie, facilitation des mouvements), ce style est devenu une tendance à part entière. Les vêtements, accessoires et même les poses sont soigneusement choisis pour être photographiés et partagés sur les réseaux sociaux. Cette évolution reflète une recherche d'identité et de distinction, comme l'analyse Frédéric Godart dans son ouvrage Sociologie de la mode.

Paradoxe de la déconnexion

La randonnée était traditionnellement associée à la déconnexion et à l'immersion dans la nature. Pourtant, avec l'influence des réseaux sociaux, l'expérience est de plus en plus pensée pour être partagée. Une étude de 2021, intitulée The Instagrammable outdoors, montre que les randonneurs prennent des photos même s'ils souhaitent se couper des écrans, car ces clichés pourront être publiés plus tard. Les paysages « instagrammables », repérés sur les réseaux, façonnent les attentes des visiteurs, créant une standardisation des représentations de l'outdoor. Le paradoxe réside dans le fait que la quête d'authenticité et de présence est souvent remplacée par une mise en scène pour les écrans.

Ce que ça pourrait changer

Les réseaux sociaux ont redéfini les codes de la randonnée. Les influenceurs utilisent désormais des accessoires comme des trépieds, des cercles lumineux ou des tenues stylisées pour créer des images parfaites. Les points de chute sont choisis en fonction de la lumière, et les poses sont calculées pour correspondre aux attentes visuelles des plateformes. Le parc des Écrins observe cette transformation, où la montagne devient autant une affaire de style qu'une expérience sportive. Cette esthétisation de la randonnée soulève des questions sur l'authenticité de l'expérience et l'impact des réseaux sociaux sur les pratiques outdoor.

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