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Généraliste

I Musici «avance avec prudence»

Le Devoir · mis à jour il y a 5 j

L’autogestion de l’ensemble par les musiciens a des avantages, mais montre ses limites..

Origine et crise récente

I Musici de Montréal est un ensemble instrumental de musique classique fondé il y a 43 ans par Yuli Turovsky. Ces trois dernières années, l’orchestre a traversé une période de fortes turbulences, marquée par une crise interne et une réduction drastique de ses subventions. En effet, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) a coupé 62 % de ses financements, ce qui a mis en péril son fonctionnement. Cette situation a conduit à une refonte complète de son organisation, notamment avec l’éviction du directeur musical Jean-François Rivest, la démission du conseil d’administration (CA) et le départ de l’équipe administrative. Ces événements ont forcé l’ensemble à repenser son modèle de gestion et à adopter une approche plus prudente pour assurer sa survie.

Nouveau modèle autogéré

Pour faire face à la crise, I Musici a choisi de s’autogérer, où les musiciens assument tous les rôles, tant sur scène que dans l’administration et le conseil d’administration. Ce modèle, qualifié de « kolkhoze musical » par certains, visait à remplacer la structure traditionnelle par une gestion collective. Cependant, cette expérience a montré ses limites après un an. Julie Triquet, violoniste et porte-parole de l’ensemble, souligne que ce virage s’est avéré moins radical que prévu. Les musiciens ont réalisé qu’il fallait combiner cette autogestion avec une expertise professionnelle en gestion, notamment pour répondre aux exigences des bailleurs de fonds comme le CALQ.

Réorganisation administrative

Un changement majeur a été l’embauche d’une directrice générale professionnelle, Yogane Lacombe, en mai dernier, pour succéder à Suzanne Careau, altiste retraitée qui avait joué un rôle clé dans la survie de l’orchestre. Julie Triquet reconnaît que Suzanne Careau a accompli un travail exceptionnel dans des circonstances difficiles, mais l’ensemble a jugé nécessaire de professionnaliser sa gestion. Le conseil d’administration s’est également ouvert à des membres non musiciens, sous la présidence de François Colbert, professeur à HEC Montréal. Ce nouveau modèle vise à mieux organiser l’orchestre et à développer des collaborations, tout en maintenant une direction artistique collective.

Améliorations pour le public

Pour faciliter l’accès aux concerts, I Musici a modifié l’horaire de ses représentations. Désormais, les concerts commencent à 18 h au lieu de 17 h 30, permettant aux spectateurs arrivant du travail d’être à l’heure. L’Espace Jax, choisi pour son acoustique et sa proximité avec le public, devient le lieu de résidence de l’orchestre cette saison. Les portes ouvrent dès 17 h pour offrir un format « 5 à 7 », incluant un moment d’échange entre le public et les musiciens autour d’un verre, suivi d’un concert se terminant à 19 h. Cela laisse le temps aux spectateurs de dîner dans le quartier. Le deuxième concert de la saison aura lieu à la salle Pollack, mais l’orchestre privilégie l’Espace Jax pour sa convivialité.

Ce que ça pourrait changer

I Musici souhaite multiplier les collaborations avec des chœurs, comme celui de l’Université McGill, bien que cette collaboration soit suspendue en raison du départ de Jean-Sébastien Vallée, nommé à Boston. L’idée d’un *« orchestre de chœur »*, se déplaçant d’un chœur à l’autre, avait été envisagée, mais elle reste en suspens. Le principal défi de l’orchestre est désormais administratif : mieux s’organiser, attirer des donateurs et se repositionner dans un paysage musical plus compétitif qu’à l’époque de Yuli Turovsky. Le CALQ, impressionné par la résilience de l’ensemble, suit de près ses progrès. L’objectif est d’accroître ses activités tout en maintenant une gestion rigoureuse.

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