Au Brésil, le dangereux attrait du modèle Bukele sur les candidats de droite à la présidentielle
À la veille du premier tour de l’élection présidentielle du 4 octobre, plusieurs candidats promettent d’importer au Brésil la stratégie autoritaire du président du Salvador pour lutter contre le crime. À commencer par Flávio Bolsonaro.
Le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne est prévu le 4 octobre 2026. Plusieurs candidats de droite, dont Flávio Bolsonaro, proposent d’importer au Brésil la politique sécuritaire du président salvadorien Nayib Bukele. Cette stratégie repose sur des mesures controversées comme la suspension des droits constitutionnels des citoyens. Le journal brésilien conservateur O Estado de São Paulo met en garde contre ce modèle, soulignant qu’il pourrait mener à une « barbarie » et s’oppose à la Constitution brésilienne de 1988, qui protège les droits fondamentaux. Le Brésil, avec une population de plus de 215 millions d’habitants et une superficie immense, présente une réalité bien plus complexe que le Salvador, un pays 12 fois plus petit avec seulement 6,4 millions d’habitants.
Le modèle du président salvadorien Nayib Bukele se caractérise par une lutte radicale contre le crime organisé, incluant des mesures comme l’arrestation arbitraire de suspects sans mandat judiciaire, la restriction des droits de la défense, la suspension de l’habeas corpus (un droit constitutionnel qui protège contre les arrestations arbitraires), des exécutions sommaires par les forces de l’ordre, une surpopulation carcérale et des disparitions forcées. Ces pratiques ont été documentées par des sources fiables et sont considérées comme des violations graves des droits de l’homme. Flávio Bolsonaro, candidat du Parti libéral, a rencontré Bukele fin août 2026 pour discuter de cette approche, suscitant des inquiétudes quant à son application possible au Brésil.
Le modèle Bukele est présenté comme une solution miracle contre l’insécurité, mais il repose sur l’abandon des garanties juridiques fondamentales. Au Brésil, la Constitution de 1988, adoptée après la dictature militaire (1964-1985), consacre des droits comme l’habeas corpus et l’interdiction des arrestations arbitraires. Le journal O Estado de São Paulo, qui a lui-même subi la censure et la répression pendant la dictature, souligne que ces mesures autoritaires sont incompatibles avec l’État de droit brésilien. Adopter une telle politique reviendrait à renoncer aux avancées démocratiques du pays, selon l’éditorial.
Le Salvador compte 6,4 millions d’habitants, soit moins que l’État brésilien du Maranhão (7,1 millions). Sa superficie est de 21 041 km², contre 8,5 millions de km² pour le Brésil. Cette différence d’échelle rend toute transposition directe du modèle Bukele impossible. Le Brésil doit gérer une criminalité bien plus diversifiée et des inégalités sociales profondes, avec des mégapoles comme São Paulo ou Rio de Janeiro où la violence urbaine est endémique. Une approche centralisée et répressive, comme celle du Salvador, risquerait d’aggraver les tensions sans résoudre les causes structurelles de l’insécurité.
La peur de l’insécurité est un levier électoral puissant, notamment dans un contexte où la criminalité reste une préoccupation majeure pour les Brésiliens. Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, mise sur ce thème pour séduire l’électorat de droite. Son parti, le Parti libéral, propose des solutions radicales, inspirées par Bukele, sans toujours préciser comment elles s’articuleraient avec le cadre juridique brésilien. Cette rhétorique sécuritaire, bien que populaire, soulève des questions sur ses conséquences à long terme, notamment en termes de droits humains et de cohésion sociale.
Le journal *O Estado de São Paulo*, bien que conservateur, alerte sur les dangers de cette fascination pour le modèle Bukele. Il rappelle que le Brésil a déjà connu une dictature (1964-1985) où la répression et les violations des droits humains étaient monnaie courante. L’éditorial souligne que les arrestations arbitraires, les exécutions sommaires et la suspension des droits fondamentaux ne sont pas des solutions durables, mais des recettes pour l’instabilité et la violence. Le journal, qui a lui-même été censuré sous la dictature, appelle à une réflexion sur les limites de l’autorité de l’État.

