La guerre tarifaire pourrait faire perdre jusqu’à 185 000 emplois au Canada
Selon le BDPB, le conflit pourrait aussi gruger en moyenne 9 % du bénéfices des entreprises canadiennes..
Le Canada et les États-Unis sont engagés dans une guerre tarifaire, c’est-à-dire une série de mesures où chaque pays impose des droits de douane (taxes sur les importations) sur les produits de l’autre pour protéger ses propres industries. Ces tarifs rendent les produits étrangers plus chers, ce qui peut réduire les échanges commerciaux. Dans ce conflit, le Canada a réagi en taxant pour 27,6 milliards de dollars de produits américains, faisant passer le taux moyen de taxation des importations américaines de 1,6 % à 3 %. Ces mesures ont des conséquences économiques majeures, notamment une baisse des exportations canadiennes vers les États-Unis, estimées entre 6 % et 7,7 % sur cinq ans.
Selon la directrice parlementaire du budget (une fonction publique canadienne qui évalue les finances de l’État), une guerre tarifaire prolongée pourrait entraîner la perte de jusqu’à 185 000 emplois au Canada. Cette situation réduirait aussi le PIB (Produit Intérieur Brut, qui mesure la richesse produite par un pays) de 1,4 % sur cinq ans. Les entreprises verraient leurs bénéfices diminuer en moyenne de près de 9 % par an, et l’inflation (hausse générale des prix) serait affectée. Ces chiffres illustrent l’impact négatif des tarifs sur l’économie canadienne, qui produit moins et voit ses entreprises moins rentables.
Le Québec serait la région canadienne la plus affectée par cette guerre tarifaire, avec une baisse de 8 % de ses exportations en 2026 par rapport à 2024. Cette situation s’explique par des tarifs sur des produits clés comme l’aluminium, l’acier et le bois, essentiels pour l’économie québécoise. À l’inverse, l’Alberta, grâce à son secteur énergétique (pétrole, gaz), voit ses exportations augmenter de 11 %. Cette disparité régionale montre que les effets des tarifs varient selon les industries et les provinces.
L’entreprise RYAM, une papetière située au Témiscamingue (Québec), a dû fermer temporairement en raison des tarifs américains. Cette fermeture illustre les conséquences concrètes de la guerre tarifaire sur les entreprises locales. Sébastien McMahon, économiste en chef chez IA Groupe financier, souligne que les impacts seront sectoriels (affectant certains domaines comme la papeterie ou l’élevage) et régionaux (limitée à certaines zones géographiques). Les fermetures ou réductions d’activité peuvent entraîner des suspensions d’emploi, comme c’est déjà le cas dans plusieurs entreprises québécoises.
Stéfanie Tougas, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (une organisation représentant les entreprises manufacturières de la province), explique que la situation actuelle force les entreprises à réduire leurs activités, comme des suspensions d’emploi ou des diminutions des quarts de travail. Pour atténuer ces effets, elle propose une stratégie industrielle incluant des mesures comme l’octroi de contrats publics à des entreprises locales, ainsi que des allègements réglementaires (simplification des règles administratives) et fiscaux (réduction des impôts) pour stimuler l’investissement et la compétitivité des entreprises québécoises.
Jack Ogilvy, président de Ogilvy Equestrian (une entreprise fabriquant des tapis de selles pour chevaux située près de Montréal), illustre l’impact des tarifs sur une PME. Ses produits, auparavant vendus 95 $ aux États-Unis, sont désormais taxés à 145 $, ce qui rend le marché américain moins accessible. Il espère compenser cette perte en développant d’autres marchés, comme l’Europe, mais craint une baisse de sa clientèle américaine de 60 % à seulement 20 % ou 30 %. Cet exemple montre comment les tarifs peuvent fragiliser les petites entreprises dépendantes du commerce international.
Malgré les mauvaises nouvelles économiques, le Canada bénéficie d’un répit sur le plan budgétaire. La directrice parlementaire du budget a revu à la baisse le déficit pour 2026-2027, le ramenant à 63,3 milliards de dollars contre 71,8 milliards estimés précédemment. Cette amélioration s’explique par la hausse des prix à la consommation, qui augmente les recettes fiscales. Cependant, la dette publique continue d’augmenter : les frais d’intérêt sur la dette sont passés de 24,5 milliards en 2021-2022 à 59,3 milliards en 2026-2027, et devraient atteindre 83 milliards d’ici 2030-2031. Le ratio dette/PIB (qui mesure la dette par rapport à la richesse du pays) est en hausse, alors qu’il devrait normalement diminuer.
Les années 2026 et 2027 seraient les plus difficiles économiquement pour l’emploi en cas de guerre tarifaire prolongée. Sébastien McMahon, économiste chez *IA Groupe financier*, estime que l’économie canadienne résiste mieux que prévu en 2025, mais que les impacts réels seront inégaux selon les secteurs et les régions. Il craint que les tarifs ne survivent à l’administration de Donald Trump, car une fois installés, les mesures protectionnistes sont difficiles à supprimer en raison des lobbies industriels qui les défendent. Cette incertitude prolongée freine la croissance et l’investissement au Canada.

