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Le 4-Juillet : une date inventée, un mythe construit

The Conversation France · mis à jour 1 juil.

*La Déclaration d’indépendance*, de John Trumbull, peint entre 1815 et 1817, est fréquemment utilisé pour illustrer le jour où les États-Unis accédèrent à l’indépendance. Indice de la complexité de la mémoire de l’événement : le tableau ne montre en réalité pas la signature elle-même, mais la présentation d’un projet de cette déclaration au Second Congrès continental par la Commission des Cinq (John Adams, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, Robert Livingston et Roger Sherman), le 28 juin 1776.

Une date mal choisie

Le 4 juillet 1776 n’est pas la date de la proclamation de l’indépendance des États-Unis, contrairement à une croyance répandue. L’indépendance a été officiellement déclarée le 2 juillet 1776 par le Congrès continental, une assemblée de délégués des Treize Colonies. Le 4 juillet marque en réalité l’adoption de la version finale de la Déclaration d’indépendance, un texte principalement rédigé par Thomas Jefferson. Ce document, qui deviendra un symbole national, proclame les valeurs de liberté, d’égalité et de droits naturels. La confusion entre ces deux dates s’explique par le fait que le 4 juillet est devenu le jour de célébration par excellence, notamment en raison d’une coïncidence historique : les décès de deux Pères fondateurs, John Adams et Thomas Jefferson, tous deux morts le 4 juillet 1826, exactement 50 ans après l’adoption du texte.

Un mythe construit

Le 4 juillet n’est pas une fête spontanée, mais le résultat d’une construction culturelle et politique. La Déclaration d’indépendance n’a pas été immédiatement sacralisée : elle a été lue publiquement à Philadelphie le 8 juillet 1776, signée par la plupart des délégués seulement le 2 août, et connue à Londres qu’à la fin de l’été. Sa transformation en événement national s’est faite progressivement, notamment grâce à la mort simultanée de Jefferson et Adams en 1826, interprétée comme un signe providentiel. Ce récit mythique, centré sur la liberté et l’égalité, sert à renforcer le sentiment d’appartenance nationale dans une société diverse. Il s’agit d’un exemple de religion civile, un concept théorisé par le sociologue Robert Bellah dans les années 1960, désignant un ensemble de symboles, de rituels et de croyances partagées qui cimentent une communauté.

Un récit disputé

Dès les années 1790, la célébration du 4 juillet devient un champ de bataille politique. Les fédéralistes, partisans d’un gouvernement central fort, et les républicains-démocrates, défenseurs d’une république décentralisée, s’affrontent pour s’approprier l’héritage révolutionnaire. Plus tard, des groupes marginalisés comme les esclaves affranchis, les abolitionnistes (dont Frederick Douglass) ou les suffragistes utilisent ce récit pour dénoncer leur exclusion. Frederick Douglass, dans un discours célèbre de 1852 intitulé « What to the Slave is the Fourth of July? », critique violemment l’hypocrisie d’une nation célébrant la liberté tout en pratiquant l’esclavage. À l’inverse, le 4 juillet sert aussi d’outil d’intégration pour les immigrés, via des cérémonies de naturalisation organisées ce jour-là au début du XXe siècle.

Un rituel national

Le 4 juillet s’impose comme un rituel central de la religion civile américaine, un concept inspiré par Rousseau et développé par Robert Bellah. Cette religion possède ses textes sacrés (la Déclaration d’indépendance et la Constitution), ses figures saintes (George Washington, Abraham Lincoln), ses lieux de pèlerinage (Independence Hall, le mont Rushmore) et ses symboles (la Liberty Bell). Elle permet à une société multiculturelle de se représenter comme une communauté unie par des valeurs communes. Le sociologue Émile Durkheim parle de rituel durkheimien pour décrire ce mécanisme de réactivation périodique de l’appartenance nationale. Chaque année, les Américains rejouent symboliquement la naissance de leur nation, malgré leurs différences, grâce à ces mythes et rituels partagés.

Un outil présidentiel

Les présidents américains ont toujours utilisé le 4 juillet comme un outil politique pour servir leur vision de la nation. Par exemple, en 1876, Ulysses S. Grant a associé la célébration du centenaire à la réconciliation après la guerre de Sécession et à l’essor industriel. En 1976, Gerald Ford en a fait un rituel de guérison nationale après le scandale du Watergate. Ronald Reagan a réaffirmé l’exceptionnalisme américain en 1986, tandis que George W. Bush a mobilisé le patriotisme après les attentats du 11 septembre. Bill Clinton et Barack Obama ont, quant à eux, mis l’accent sur la diversité et l’inclusion, comme en témoignent les cérémonies de naturalisation organisées sous leur mandat. Ces présidents ont tous puisé dans le même récit fondateur, mais en l’adaptant à leur époque.

Trump et la récupération

Donald Trump a radicalisé l’utilisation politique du 4 juillet lors du 250e anniversaire des États-Unis en 2026. Contrairement à ses prédécesseurs, il a recentré les célébrations sur sa propre figure, en militarisant le récit et en en faisant un instrument de confrontation partisane. Par exemple, en 2019, il a organisé un Salute to America avec des démonstrations militaires au Lincoln Memorial, puis en 2020, un discours au mont Rushmore dénonçant une prétendue cancel culture menaçant l’histoire américaine. Les festivités de 2026, incluant une Grande Foire des États-Unis et un programme Freedom 250 mêlant arts martiaux mixtes et revues navales, visent à faire de la commémoration un outil de mobilisation politique. Trump utilise un récit réactionnaire, centré sur un passé fantasmé et une Amérique blanche et chrétienne, pour définir qui peut légitimement incarner la nation.

Ce que ça pourrait changer

Le 250e anniversaire du 4 juillet révèle un débat plus large sur l’identité américaine : que célèbre-t-on exactement ? Le récit trumpien ne se contente pas de définir ce qu’est l’Amérique, il précise aussi qui en est le dépositaire légitime. Derrière l’invocation d’un *âge d’or* perdu se cache une vision de l’Amérique blanche, chrétienne et conservatrice, menacée selon lui par les transformations démographiques et culturelles récentes. Ce débat dépasse les clivages partisans traditionnels. Il interroge la nature même du récit national : doit-il être inclusif et tourné vers l’avenir, comme sous Clinton ou Obama, ou exclusif et nostalgique, comme sous Trump ? La réponse à cette question déterminera l’orientation future de la nation.

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