Fei-Fei Li travaille à rendre l’IA vraiment intelligente
PENSEURS DE DEMAIN (4/7). Face aux bouleversements qui secouent la planète, “Die Zeit” mise sur sept intellectuels “des plus prometteurs” pour éclairer le chemin.
Fei-Fei Li est une chercheuse américaine d'origine chinoise, spécialiste en intelligence artificielle (IA). Elle est reconnue pour avoir fondé le projet ImageNet vers 2010, une base de données d'images qui a permis aux modèles d'IA de progresser dans la reconnaissance visuelle. Par exemple, ces systèmes ont appris à identifier des objets comme un chat ou une fraise. Cette avancée a ouvert la voie à des technologies modernes comme la génération d'images à partir de commandes textuelles, une prouesse technique utilisée aujourd'hui dans des outils comme les générateurs d'images par IA. Fei-Fei Li dirige désormais l'Institut pour une IA centrée sur l'humain (HAI, Human-centered AI) à l'université Stanford, aux États-Unis, où elle explore des solutions pour rendre l'IA plus proche de l'intelligence humaine.
Selon Fei-Fei Li, l'IA ne deviendra vraiment intelligente que lorsqu'elle maîtrisera la compréhension du monde en trois dimensions, comme le fait un humain. Aujourd'hui, la plupart des systèmes d'IA excellent dans des tâches spécifiques, comme reconnaître des images ou générer du texte, mais ils peinent à saisir les nuances du monde physique et social. Par exemple, un modèle d'IA peut décrire une fraise, mais il ne comprend pas nécessairement sa texture, son goût ou son rôle dans une recette. Cette limitation explique pourquoi les chercheurs comme Fei-Fei Li travaillent sur des modèles du monde, qui visent à intégrer une compréhension plus globale et contextuelle, similaire à celle des humains.
Fei-Fei Li défend une approche de l'IA centrée sur l'humain, c'est-à-dire conçue pour servir les besoins et les valeurs des personnes, plutôt que pour répondre uniquement à des objectifs techniques ou économiques. Cette philosophie est au cœur de l'Institut HAI qu'elle a fondé. L'objectif est de développer des technologies qui améliorent la vie quotidienne, comme des outils médicaux plus précis ou des systèmes d'assistance pour les personnes âgées, tout en évitant les biais ou les dérives éthiques. Par exemple, un système d'IA utilisé dans le domaine médical doit être transparent, fiable et respectueux de la vie privée des patients.
L'intelligence artificielle générale (IAG) désigne un type d'IA capable de comprendre, apprendre et s'adapter à n'importe quelle tâche, comme le ferait un humain. Aujourd'hui, les systèmes d'IA sont spécialisés : ils excellent dans un domaine précis, mais échouent en dehors de celui-ci. Fei-Fei Li et d'autres chercheurs estiment que l'IAG n'est pas encore à portée de main, car elle nécessiterait une compréhension profonde du monde, incluant des aspects physiques, sociaux et émotionnels. Par exemple, un système d'IAG devrait pouvoir comprendre une blague, résoudre un conflit ou adapter son comportement en fonction du contexte, des compétences encore hors de portée des technologies actuelles.
Le développement de l'IA soulève des questions éthiques et sociétales majeures. Fei-Fei Li met en garde contre les risques de biais dans les algorithmes, qui peuvent reproduire des discriminations présentes dans les données d'entraînement. Par exemple, un système de recrutement automatisé pourrait défavoriser certaines catégories de candidats en raison de biais inconscients dans les données historiques. Elle souligne aussi l'importance de la transparence et de la responsabilité dans la conception des systèmes d'IA, afin d'éviter des usages malveillants ou des décisions incompréhensibles pour les utilisateurs. Ces enjeux sont au cœur des débats actuels sur la régulation de l'IA.

