En Chine, les compagnons IA devront être approuvés par l'État pour éviter que les humains ne s'y attachent trop et renoncent à faire des enfants
Les applications qui simulent un partenaire amoureux séduisent des millions de personnes. Mais l'attachement qu'elles créent inquiète désormais un pays où les naissances s'effondrent.
La Chine envisage de réguler strictement les compagnons d’intelligence artificielle (IA), des programmes conçus pour interagir avec les humains de manière conversationnelle ou émotionnelle. Ces outils, souvent présentés sous forme de chatbots ou d’avatars virtuels, pourraient bientôt nécessiter une approbation étatique avant leur mise à disposition du public. L’objectif affiché est de limiter les risques d’attachement émotionnel excessif des utilisateurs envers ces IA, un phénomène qui, selon les autorités, pourrait influencer négativement les comportements humains, notamment en matière de natalité. Cette mesure s’inscrit dans un contexte où le gouvernement chinois cherche à encourager la croissance démographique pour faire face à un vieillissement accéléré de sa population.
Le déclin démographique en Chine est un enjeu majeur pour les autorités. Le pays fait face à un taux de fécondité historiquement bas, estimé à 1,09 enfant par femme en 2022, bien en dessous du seuil de renouvellement de la population (2,1 enfants par femme). Face à cette situation, le gouvernement multiplie les mesures incitatives pour encourager les naissances, comme des allocations familiales ou des aides financières. L’idée sous-jacente est que l’usage intensif de compagnons IA pourrait, selon certains experts, réduire les interactions sociales réelles et, par ricochet, la volonté de fonder une famille. La régulation de ces outils s’inscrit donc dans une stratégie plus large de préservation de la structure sociale et économique du pays.
L’État chinois jouerait un rôle central dans la mise en œuvre de cette régulation. Les autorités pourraient imposer des critères stricts aux développeurs d’IA avant de leur accorder une autorisation de commercialisation. Ces critères pourraient inclure des restrictions sur les fonctionnalités émotionnelles des compagnons IA, comme la simulation de relations amoureuses ou la personnalisation extrême des interactions. L’objectif est de concilier innovation technologique et préservation des valeurs traditionnelles, tout en évitant que ces outils ne deviennent des substituts aux relations humaines. Cette approche reflète une volonté de contrôle accru sur les technologies émergentes, déjà observable dans d’autres secteurs comme les réseaux sociaux ou les jeux vidéo.
Cette initiative soulève des questions éthiques et sociétales. Certains observateurs s’interrogent sur la légitimité de l’État à imposer des restrictions aussi intrusives sur des outils technologiques, arguant que cela pourrait limiter la liberté individuelle. D’autres, en revanche, y voient une mesure nécessaire pour protéger la cohésion sociale et la santé mentale des citoyens. Les débats portent notamment sur la définition de ce qui constitue un attachement excessif à une IA, un concept encore flou dans la littérature scientifique. Par ailleurs, des critiques pointent le risque que cette régulation ne soit qu’un prétexte pour étendre le contrôle de l’État sur les technologies de pointe, déjà très surveillées en Chine.
Si cette mesure est adoptée, elle pourrait avoir des répercussions sur l’industrie de l’IA en Chine, un secteur en pleine expansion. Les entreprises locales et internationales devraient adapter leurs produits pour se conformer aux nouvelles règles, ce qui pourrait ralentir l’innovation ou augmenter les coûts de développement. Pour les utilisateurs, cela signifierait moins de liberté dans le choix de leurs compagnons IA, avec des fonctionnalités potentiellement limitées. Enfin, l’efficacité de cette régulation reste à prouver : rien ne garantit qu’elle suffira à inverser la tendance démographique ou à modifier les comportements des citoyens face à la technologie.

