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Généraliste

Une lutte à deux pour contrer la gentrification dans Saint-Henri–Sainte-Anne

Le Devoir · mis à jour 29 sept.

La question du logement à prix modique demeure au cœur des préoccupations des habitants de la circonscription..

Crise du logement à Montréal

La circonscription de Saint-Henri–Sainte-Anne, située dans l'arrondissement du Sud-Ouest de Montréal, fait face à une crise du logement marquée par une gentrification (processus d'embourgeoisement d'un quartier populaire, entraînant une hausse des prix et le départ des habitants aux revenus modestes) et une forte disparité de revenus. En 2020, 20,2 % des ménages de la circonscription gagnaient moins de 30 000 $ par an, contre 14,9 % pour l'ensemble du Québec. À l'inverse, 6,7 % des ménages y gagnaient plus de 200 000 $, contre 6,4 % pour la province. Le quartier compte 14 % de logements sociaux (HLM), un taux jugé insuffisant pour répondre aux besoins locaux. Selon Samuel Watts, p.-d.g. de Mission Bon Accueil, un organisme d'aide aux personnes en difficulté de logement, de nombreux habitants sont poussés à la rue en raison de la hausse des loyers et du manque de logements abordables.

Historique des HLM

Saint-Henri–Sainte-Anne est un quartier historique en matière de logement social. En 1966, il a vu naître les premières habitations à loyer modique (HLM) au Canada. Soixante ans plus tard, cette circonscription reste un symbole de la lutte pour l'accès au logement abordable. Pourtant, malgré la présence de nombreux HLM, leur part dans le parc locatif est jugée insuffisante. Les HLM sont des logements subventionnés par l'État, destinés aux ménages aux revenus modestes. Leur nombre limité dans la circonscription s'explique en partie par la gentrification, qui transforme des quartiers populaires en zones résidentielles pour classes aisées, comme Griffintown avec ses condos luxueux.

Gentrification et disparités

La gentrification divise Saint-Henri–Sainte-Anne en deux réalités opposées. D'un côté, des quartiers comme Griffintown ou Pointe-Saint-Charles se transforment avec l'arrivée de populations plus aisées, entraînant une hausse des prix immobiliers. De l'autre, des quartiers populaires comme la Petite-Bourgogne ou Ville-Émard restent accessibles aux ménages à revenus modestes. Cette disparité crée des tensions sociales et aggrave la crise du logement. Selon les données du dernier recensement, la circonscription est l'un des endroits au Québec où les écarts de richesse sont les plus marqués, avec une forte concentration de ménages très pauvres et très riches.

Propositions de Québec solidaire

Le candidat de Québec solidaire (QS) dans la circonscription, Guillaume Cliche-Rivard, propose plusieurs mesures pour lutter contre la crise du logement. Il souhaite contrôler le montant des loyers, construire 25 000 logements sociaux et en sortir 25 000 du marché locatif privé. Il mise également sur le développement des coopératives d'habitation, des logements gérés collectivement par leurs occupants, souvent à des prix très abordables (par exemple, 400 $ par mois). Ces coopératives permettent une mixité sociale en évitant la concentration de logements sociaux ou de condos de luxe. Cliche-Rivard cite comme exemple quatre coopératives construites dans Griffintown, prouvant que des projets similaires pourraient voir le jour dans d'autres quartiers comme Pointe-Saint-Charles.

Propositions du Parti libéral

Le candidat libéral, Benoit Clermont, propose des mesures pour augmenter l'offre de logements abordables. Le Parti libéral du Québec (PLQ) prévoit construire 100 000 logements par an au Québec et offrir un rabais de TVQ (taxe de vente du Québec) jusqu'à 10 000 $ pour les acheteurs de maisons ou condos neufs. Il vise également à porter la part des logements sociaux à 20 % du marché d'ici 2050. Clermont s'inspire aussi de projets innovants, comme le village Transitiôn à Gatineau, qui reconvertit des conteneurs en logements temporaires pour des personnes en situation d'itinérance. Il reste prudent sur les chiffres des logements inoccupés à Montréal, soulignant que les données pourraient inclure des résidences secondaires ou des chalets.

Comparaison des partis

Les quatre principaux partis politiques du Québec ont des propositions distinctes pour le logement. La Coalition avenir Québec (CAQ) propose de bonifier le crédit d'impôt pour l'achat d'une première habitation jusqu'à 7 000 $ et de construire 2 000 logements abordables pour les aînés. Le Parti québécois (PQ) mise sur un remboursement de la TVQ jusqu'à 45 000 $ pour les premiers acheteurs et une bonification du crédit d'impôt. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) souhaite financer des programmes existants comme l'allocation-logement, sans construire de nouveaux HLM. Québec solidaire (QS) propose un registre national des loyers, une limitation de la hausse des loyers à l'inflation et l'ajout de 50 000 logements hors marché.

Ce que ça pourrait changer

Selon Samuel Watts de Mission Bon Accueil, le député de Saint-Henri–Sainte-Anne peut jouer un rôle clé dans la lutte contre la crise du logement. Il peut notamment faciliter la coordination entre les ministères, comme celui des Affaires municipales et de l'Habitation et celui des Services sociaux. Ces deux ministères doivent collaborer car les besoins en logement social sont souvent liés à des programmes de soutien financier ou social. Watts souligne que cette coordination est essentielle pour répondre aux besoins des ménages à faibles revenus, qui nécessitent souvent un accompagnement supplémentaire pour accéder à un logement abordable.

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