En 1890, 60 oiseaux ont été relâchés à Central Park : ils sont aujourd'hui près de 200 millions en Amérique du Nord
L'étourneau sansonnet, lâché à Central Park en 1890, provoque aujourd'hui près de 800 millions de dollars de dégâts agricoles annuels aux États-Unis et menace de nombreuses espèces locales..
En 1890, un groupe de passionnés d’ornithologie, la science qui étudie les oiseaux, a relâché 60 oiseaux dans le parc new-yorkais de Central Park. Ces oiseaux, des étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), étaient une espèce européenne introduite accidentellement ou volontairement en Amérique du Nord. À l’époque, l’idée était de diversifier la faune locale, sans imaginer les conséquences à long terme. Cette initiative s’inscrivait dans une tendance du XIXe siècle où des espèces exotiques étaient parfois importées pour des raisons esthétiques, culturelles ou pratiques, sans toujours mesurer les impacts écologiques.
En moins d’un siècle et demi, ces 60 oiseaux ont donné naissance à une population estimée à près de 200 millions d’étourneaux sansonnets en Amérique du Nord. Cette explosion démographique s’explique par plusieurs facteurs : une reproduction rapide (une femelle peut pondre jusqu’à 5 œufs par couvée, plusieurs fois par an), une grande adaptabilité à différents milieux (villes, campagnes, forêts) et l’absence de prédateurs naturels efficaces. Les étourneaux se sont répandus depuis la côte Est jusqu’à la côte Ouest, colonisant presque tout le continent. Leur présence est aujourd’hui si massive qu’ils sont considérés comme une espèce invasive, c’est-à-dire une espèce étrangère qui perturbe les écosystèmes locaux.
La prolifération des étourneaux sansonnets a eu des conséquences majeures sur l’environnement. Ces oiseaux entrent en compétition avec les espèces locales pour la nourriture et les habitats, ce qui peut menacer des oiseaux indigènes comme les mésanges ou les hirondelles. Ils endommagent aussi les cultures agricoles en se nourrissant de graines et de fruits, causant des pertes estimées à plusieurs millions de dollars chaque année. De plus, leurs déjections, très acides, abîment les bâtiments et les monuments, notamment dans les zones urbaines. Enfin, ils peuvent transmettre des maladies aux animaux domestiques et à l’homme, bien que ce risque soit généralement faible.
Face à cette invasion, les autorités américaines et canadiennes ont mis en place diverses mesures pour limiter la population d’étourneaux. Ces stratégies incluent des programmes de stérilisation, des pièges et des campagnes de chasse organisées, notamment pendant les périodes de migration. Certaines villes utilisent aussi des techniques de dissuasion sonore ou visuelle pour éloigner les oiseaux des zones sensibles. Cependant, ces méthodes sont souvent coûteuses et peu efficaces à grande échelle, en raison de la grande mobilité et de la résistance des étourneaux. En Europe, où l’espèce est native, des prédateurs naturels comme les faucons ou les buses aident à réguler leur population, mais ce n’est pas le cas en Amérique du Nord.
Cette histoire illustre les risques liés aux introductions d’espèces exotiques, même avec des intentions bienveillantes. Elle rappelle que les écosystèmes sont des équilibres fragiles et que les actions humaines, même anodines à première vue, peuvent avoir des répercussions imprévues et durables. Aujourd’hui, les scientifiques et les gestionnaires de l’environnement accordent une grande importance à la **prévention** : éviter d’importer des espèces étrangères sans étude d’impact préalable. Cette prise de conscience a conduit à la création de lois strictes, comme la *Loi sur les espèces en péril* au Canada ou le *Endangered Species Act* aux États-Unis, qui protègent les écosystèmes contre les invasions biologiques.

