La Vérif : le cadre financier du PQ passé au crible
Le Parti québécois compte sur d’importantes réductions dans la bureaucratie et des transferts fédéraux..
Le Parti québécois (PQ) présente son cadre financier avant le premier débat des chefs de la campagne électorale de 2026. Le porte-parole en matière d’économie, Nicolas Marceau, le qualifie de prudent et responsable, bien qu’il repose sur des recettes incertaines. L’objectif est de réduire les dépenses publiques tout en maintenant les services essentiels à la population. Le PQ prévoit une hausse des dépenses de 2,5 % en 2027-2028, puis une limitation à 1 % par an. Cependant, le vérificateur général du Québec (VGQ) souligne que ces niveaux de croissance pourraient menacer la qualité des services publics ou réduire l’intervention de l’État dans certains secteurs. Le parti mise sur des économies de 1,6 milliard $ par année grâce à la réduction de la bureaucratie.
Pour atteindre ses objectifs financiers, le PQ prévoit dégager 6,6 milliards $ en cinq ans en réduisant la masse salariale de l’État de 2,5 %. Nicolas Marceau assure que les budgets de la santé, de l’éducation et de la culture seront protégés. Il refuse cependant de préciser le nombre de postes qui pourraient être supprimés, évoquant un processus basé sur l’attrition (non-remplacement des départs naturels). Selon l’Institut de la statistique du Québec, le salaire moyen dans la fonction publique (hors enseignants et personnel soignant) était de 62 916 $ en 2025. Sur cette base, les économies de 1,6 milliard $ pourraient correspondre à la suppression d’environ 25 000 postes à temps complet à partir de 2028-2029. Luc Godbout, économiste à l’Université de Sherbrooke, indique que 13 des 25 portefeuilles ministériels pourraient voir leur budget diminuer en 2028-2029 par rapport à 2025-2026.
Le vérificateur général du Québec a identifié plusieurs secteurs dont les budgets pourraient être réduits entre 2025-2026 et 2028-2029. Parmi eux figurent les transports, l’emploi et la solidarité sociale, les affaires municipales et l’habitation, l’économie, l’innovation et l’énergie, la sécurité intérieure, la justice, la culture, l’agriculture, les ressources naturelles, l’immigration, la cybersécurité et les relations internationales. Ces réductions s’ajoutent à celles déjà prévues pour le Conseil exécutif et la francophonie. L’objectif affiché est de recentrer l’État sur ses missions fondamentales tout en maintenant le pouvoir d’achat et les services publics.
Le PQ propose une diminution historique des impôts aux entreprises, estimant que cette mesure générera près de 1,4 milliard $ de revenus supplémentaires d’ici 2031 grâce à des effets dynamiques sur l’économie. Ces baisses d’impôts seraient financées par des réductions équivalentes du Fonds de développement économique et des subventions aux entreprises. Cependant, Luc Godbout souligne que cette approche ne crée pas de nouveaux revenus pour l’économie, car chaque dollar non perçu en impôt est compensé par une réduction de subventions. L’effet stimulant sur l’activité économique serait donc minimal, contrairement aux projections du PQ.
Le PQ souhaite s’inspirer du modèle ontarien pour encadrer les paris sportifs en ligne, avec l’objectif d’engranger 300 millions $ de revenus annuels à partir de 2027-2028. En Ontario, depuis 2022, les entreprises exploitant ces jeux versent une redevance de 20 % à l’État. En 2025, l’organisme Jeux en ligne Ontario a enregistré un bénéfice net de 574 millions $, dont 253 millions $ ont été perçus par l’État, incluant des versements aux Premières Nations. La population ontarienne étant presque deux fois supérieure à celle du Québec, les 300 millions $ prévus par le PQ dépassent le bénéfice net réalisé par l’Ontario à l’échelle provinciale.
Le cadre financier du PQ table sur des transferts fédéraux additionnels de près de 4,4 milliards $ d’ici 2031. Ces revenus dépendent de négociations avec le gouvernement fédéral pour le renouvellement d’ententes existantes. Le PQ est le troisième parti, après la CAQ et le PLQ, à inclure cette hypothèse dans son cadre financier. En revanche, le Parti conservateur du Québec (PCQ) et Québec solidaire (QS) ont exclu ce scénario de leurs projections. L’incertitude entourant ces transferts rend leur intégration risquée dans les prévisions budgétaires.

