Les élus de Terre-Neuve sur le point de se prononcer sur l’entente sur Churchill Falls
Le projet d’accord d’une durée de 50 ans vise à partager l’énergie produite au Labrador avec Hydro-Québec..
Les élus de Terre-Neuve-et-Labrador doivent voter jeudi 17 septembre 2026 sur un accord-cadre de 50 ans concernant la production d’énergie hydroélectrique au Labrador. Cet accord, négocié avec Hydro-Québec, prévoit la construction d’infrastructures énergétiques d’une valeur de plus de 50 milliards de dollars le long de la rivière Churchill. Le premier ministre provincial Tony Wakeham a ouvert une session de débat de quatre jours pour discuter de ce projet, présenté comme « le plus vaste investissement dans l’énergie propre de l’histoire de l’Amérique du Nord » par le premier ministre fédéral Mark Carney. Le gouvernement fédéral s’engage à financer environ 10 milliards de dollars pour des projets comme des lignes de transport d’électricité et une nouvelle centrale à Gull Island. Si l’accord est approuvé, les négociations pour les accords définitifs devraient se conclure d’ici la fin de l’année.
L’accord vise à mettre fin à des décennies de tensions entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador concernant la centrale hydroélectrique de Churchill Falls. Inaugurée en 1971, cette centrale d’une puissance de 5 428 mégawatts est exploitée conjointement par les services publics des deux provinces. Depuis 1969, Hydro-Québec achète plus de 80 % de l’électricité produite à Churchill Falls pour seulement 0,2 cent par kilowattheure, un prix considéré comme très bas par rapport aux tarifs du marché. Ce contrat, qui devait expirer en 2041, est perçu comme une injustice par de nombreux Terre-Neuviens, dont les familles de l’auteur Isaac Goulding, qui a assisté aux débats pour marquer l’importance historique de ce dossier. L’accord proposé met fin à ce contrat avec 15 ans d’avance et introduit des tarifs progressifs pour l’électricité produite.
Le vote des élus de Terre-Neuve-et-Labrador s’annonce serré. Si tous les députés conservateurs se prononcent en faveur de l’accord, mais qu’aucun libéral, néodémocrate ou indépendant ne les rejoint, la résolution pourrait être adoptée à une seule voix près. Le premier ministre Tony Wakeham a affirmé qu’il irait de l’avant avec l’accord même en cas de victoire fragile. Par ailleurs, le député Keith Russell a quitté le Parti progressiste-conservateur pour siéger en tant qu’indépendant, ce qui complique encore le calcul des voix. Terre-Neuve-et-Labrador cherche à changer de cap après plusieurs échecs dans le domaine hydroélectrique, et ce projet représente une opportunité majeure pour la province.
L’opposition politique et certains groupes, comme les Innus, expriment des préoccupations majeures concernant l’accord. Les critiques portent notamment sur les structures tarifaires proposées et le manque de soutien de la part du peuple innu. La rivière Churchill traverse en effet le territoire traditionnel des Innus, appelé Nitassinan, dans le centre-sud du Labrador. Ces inquiétudes ont été relayées par des responsables politiques de l’opposition, qui craignent que les intérêts autochtones ne soient pas suffisamment pris en compte. Ces débats soulignent les défis liés à l’exploitation des ressources naturelles dans des territoires partagés.
Si l’accord est adopté, les négociateurs devront finaliser les détails des contrats définitifs d’ici la fin de l’année 2026. Les débats actuels à l’Assemblée législative de Terre-Neuve-et-Labrador marquent une étape clé dans ce processus. Le gouvernement provincial mise sur ce projet pour relancer l’économie locale et renforcer la production d’énergie propre, tout en apaisant les tensions avec le Québec. Les infrastructures prévues, comme les lignes de transport et la centrale de Gull Island, devraient générer des emplois et des revenus significatifs pour la province, tout en contribuant à la transition énergétique en Amérique du Nord.

