Mon amoureux me voyait comme un objet, et il osait se dire “féministe”
La chronique phénomène du “New York Times” sur l’amour vous est proposée en exclusivité, traduite en français par “Courrier international”. Dans ce texte publié en août 2024, une femme qui a choisi d’être strip-teaseuse racontait comment les hommes ont pu projeter sur elle les clichés de son métier, sans se soucier de la liberté et de l’indépendance qu’il a pu lui apporter..
L’auteure, Edie Montana, raconte comment elle a commencé le strip-tease à 24 ans, en 2018 à Berlin, après une discussion avec une amie sur un canapé. Ce métier, souvent perçu comme marginal ou dégradant, lui a d’abord semblé une solution pragmatique pour gagner de l’argent rapidement, dans un contexte où les deux jeunes femmes vivaient avec peu de ressources. Elle décrit cette entrée dans le milieu comme rapide, presque surprenante, et souligne que son expérience a évolué au fil des six années suivantes. Le strip-tease, pour elle, n’a pas été synonyme de soumission, mais plutôt une forme d’émancipation financière et personnelle. Cependant, ce choix professionnel reste souvent mal compris, notamment parce qu’il est associé à des stéréotypes tenaces sur les femmes et leur sexualité.
Six ans après ses débuts, Edie Montana constate que les questions posées par son entourage n’ont pas changé. On lui demande systématiquement si elle a un partenaire masculin, comme si sa vie amoureuse était une évidence ou une condition nécessaire à son bonheur. Les interlocuteurs partent du principe qu’elle vit avec un homme, et leur curiosité se concentre sur la réaction de ce partenaire imaginaire face à son métier. La question de l’attirance pour les femmes, par exemple, est rarement évoquée. Ces remarques reflètent des normes traditionnelles de genre encore très ancrées, y compris dans les clubs de strip-tease, où la non-conformité de genre n’est pas toujours bien accueillie. L’auteure souligne ainsi le décalage entre les attentes sociales et la réalité de son indépendance.
L’auteure évoque une situation paradoxale : son ex-petit ami se disait féministe, tout en la traitant comme un objet. Ce terme, féministe, désigne une personne qui défend l’égalité entre les femmes et les hommes, en luttant contre les discriminations et les stéréotypes liés au genre. Pourtant, dans cette relation, le partenaire affichait des comportements contradictoires avec ses convictions. Il projetait sur elle les clichés associés à son métier de strip-teaseuse, sans tenir compte de sa liberté ou de son autonomie. Ce cas illustre une forme d’hypocrisie ou d’incompréhension, où l’étiquette féministe est utilisée pour se donner une image progressiste, sans que cela ne se traduise par des actes concrets dans la vie quotidienne.
Edie Montana décrit le milieu du strip-tease comme un environnement où les normes traditionnelles de genre restent fortes. Les clubs qu’elle a connus, notamment en Allemagne, sont marqués par une ambiance enfumée et des moquettes usées, mais aussi par des attentes sociales rigides. Les femmes y sont souvent cantonnées à des rôles stéréotypés, et les hommes qui fréquentent ces lieux projettent sur les strip-teaseuses des fantasmes ou des attentes qui ne correspondent pas à leur réalité. L’auteure souligne que ce métier, bien que parfois libérateur financièrement, peut aussi être un espace où les femmes subissent des pressions pour se conformer à des images idéalisées de féminité ou de sexualité.
À travers son récit, Edie Montana invite à une réflexion plus large sur l’indépendance des femmes et la manière dont leur choix professionnels sont jugés. Elle explique que son métier de strip-teaseuse lui a permis de gagner sa vie de manière autonome, sans dépendre d’un partenaire ou d’une famille. Pourtant, ce choix est souvent interprété comme un signe de vulnérabilité ou de soumission, plutôt que comme une stratégie d’émancipation. L’auteure met en lumière le paradoxe selon lequel une femme peut être à la fois financièrement indépendante et stigmatisée pour ses choix, simplement parce qu’ils ne correspondent pas aux attentes traditionnelles.

