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Généraliste

Le public n’est pas le privé, et vice versa

Le Devoir · mis à jour il y a 2 j

Brisons déjà un mythe : les entreprises privées ne sont pas mieux gérées que le gouvernement..

Mythes sur gestion privée

L'article commence par déconstruire une idée reçue selon laquelle les entreprises privées seraient mieux gérées que les administrations publiques. Il n'existe aucune preuve solide démontrant qu'un administrateur issu du secteur privé aurait des compétences supérieures pour diriger un ministère ou un gouvernement. Au contraire, l'Histoire montre souvent l'inverse, avec des exemples où des dirigeants du privé ont échoué dans des rôles publics. L'auteur souligne que les deux secteurs fonctionnent dans des contextes radicalement différents, ce qui rend toute comparaison simpliste inappropriée. Les entreprises privées et les institutions publiques ne poursuivent pas les mêmes objectifs ni ne sont soumises aux mêmes contraintes, comme le souligne l'auteur, chargé d'enseignement à l'ÉNAP (École nationale d'administration publique).

Différences fondamentales

Le secteur privé et le secteur public gèrent des activités distinctes dans des environnements radicalement différents. Une entreprise privée produit des biens ou des services dans le but de générer des revenus et de réaliser des profits. Elle peut faire faillite si sa gestion est défaillante, un scénario qui reste souvent invisible pour le grand public, car la majorité des entreprises disparaissent sans médiatisation. À l'inverse, une mauvaise gestion publique affecte directement les fonds publics, et ses conséquences sont immédiatement visibles, car elles concernent l'ensemble de la population. Le secteur public, lui, ne vend pas ses services directement aux citoyens, mais les finance via les taxes et impôts. Les sociétés d'État, comme Hydro-Québec au Québec, constituent une exception : elles génèrent des profits qui contribuent au financement de services publics, mais elles ne relèvent pas directement du gouvernement.

Cadre juridique distinct

Les contrats signés dans le secteur privé ont force de loi et sont protégés par les tribunaux, à condition qu'ils respectent la législation en vigueur. En revanche, l'administration publique opère dans un cadre juridique et politique qu'elle n'a pas choisi. Les lois votées par les gouvernements sont souvent le résultat de compromis politiques, ce qui signifie qu'elles ne reflètent pas toujours les intentions initiales. Par exemple, une loi visant à améliorer un service public peut être modifiée en cours de route pour satisfaire divers intérêts, ce qui limite la marge de manœuvre des administrateurs publics. Cette rigidité du cadre légal et politique rend la gestion publique plus complexe que celle du privé, où les décisions peuvent être prises plus rapidement et de manière plus flexible.

Pressions et discrétion

Les administrateurs publics font face à des pressions constantes de la part de groupes d'intérêts, qui défendent des causes spécifiques et souvent contradictoires. Par exemple, une entreprise privée peut éviter de s'engager publiquement sur une question sensible en se cachant derrière les normes gouvernementales. À l'inverse, le gouvernement doit définir et défendre des normes qui ne satisferont jamais tous les groupes. De plus, la discrétion est une qualité essentielle pour un administrateur public, car ses décisions impactent directement la vie des citoyens. Contrairement aux dirigeants du privé, dont les performances sont souvent évaluées en fonction de résultats financiers, les administrateurs publics ne sont pas toujours reconnus pour leur travail, même lorsqu'il est excellent.

Accès limité à l'information

Les administrateurs publics prennent souvent des décisions sans avoir accès à l'ensemble des informations nécessaires. Les lois et les procédures administratives peuvent restreindre l'accès à des données cruciales, ce qui complique la prise de décision. Par exemple, une loi sur la protection des données peut empêcher un ministère d'obtenir des informations essentielles pour évaluer l'impact d'une politique publique. À l'inverse, une entreprise privée peut recueillir des données de manière plus directe et les utiliser pour ajuster sa stratégie commerciale. L'auteur souligne que cette limitation n'est pas nécessairement le reflet d'une mauvaise gestion, mais plutôt d'un cadre légal et politique contraignant.

Ce que ça pourrait changer

L'article conclut qu'il est faux de prétendre qu'un secteur est systématiquement meilleur que l'autre. Les deux secteurs comptent de bons et de mauvais administrateurs, et l'expérience dans l'un ne garantit pas le succès dans l'autre. Les compétences requises pour gérer une entreprise privée, axée sur la rentabilité, ne sont pas les mêmes que celles nécessaires pour administrer un service public, où l'objectif est de répondre aux besoins de la population. L'auteur rappelle que les deux secteurs doivent être évalués selon leurs propres critères et contextes, sans chercher à établir une hiérarchie entre eux. Cette nuance est essentielle pour éviter des comparaisons simplistes et inefficaces.

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