Malgré ses Rafale, l'armée de l'air française ne tiendrait que trois jours dans un conflit à haute intensité
L'Union européenne, confrontée à une production d'armement insuffisante et une dépendance stratégique aux États-Unis, doit relever des défis majeurs pour renforcer sa souveraineté en matière de défense. Cet article explore les obstacles et les stratégies potentielles pour l'avenir..
La France et l'Europe disposent d'équipements militaires modernes comme les avions de combat Rafale ou les chars, mais leur capacité à mener un conflit prolongé est limitée par des lacunes logistiques majeures. Selon un rapport de la commission de la défense de l'Assemblée nationale publié en février 2023, les stocks d'armes seraient épuisés en quelques semaines seulement en cas d'engagement à haute intensité. Par exemple, entre 2012 et 2017, la France ne produisait en moyenne que 500 obus de 155 mm par an, contre 8 000 tirés quotidiennement par l'Ukraine en 2022. En 2024, l'objectif de production a été relevé à 100 000 obus par an, mais cela reste insuffisant pour une guerre prolongée. Ces chiffres illustrent un problème structurel : l'industrie de défense européenne a été optimisée pour des missions de maintien de la paix, et non pour des conflits de grande ampleur.
L'Europe souffre d'une dépendance critique envers les États-Unis pour plusieurs technologies militaires essentielles. Par exemple, les chasseurs F-35 américains sont largement utilisés dans les armées européennes, bien que des alternatives européennes existent comme le Rafale (France), l'Eurofighter (Allemagne, Italie, Espagne) ou le Gripen (Suède). Le F-35 est décrit comme un « ordinateur volant » dont les performances dépendent d'un logiciel de maintenance (Odin) hébergé aux États-Unis. Sans ce logiciel, l'appareil perdrait une partie de ses capacités opérationnelles. D'autres équipements comme le système de positionnement GPS, les missiles Himars ou les drones MQ-9 Reaper sont également sous contrôle américain. Cette dépendance pose un risque stratégique, car Washington pourrait théoriquement bloquer l'accès à ces technologies en cas de désaccord politique.
L'industrie de défense européenne est fragmentée en de multiples acteurs nationaux, ce qui limite sa capacité à répondre aux besoins militaires en cas de crise. Par exemple, le continent compte six constructeurs de chars et trois motoristes d'avions, chacun avec des capacités de production limitées. Cette dispersion empêche d'atteindre une « masse critique » nécessaire pour rentabiliser de nouvelles usines ou accélérer la production. Un exemple concret est le programme franco-allemand de char du futur (MGCS), bloqué pendant des années par des rivalités entre industriels français (Nexter) et allemands (KMW, Rheinmetall). De même, l'avion de transport militaire A400M d'Airbus a subi des retards et des surcoûts en raison de la complexité de son consortium industriel. Pour surmonter ces obstacles, des achats groupés à l'échelle européenne, comme l'acquisition de 1 500 missiles Mistral par neuf pays, sont encouragés.
Le secteur de la défense en France fait face à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée, avec 10 000 postes à pourvoir immédiatement en 2024 selon la direction générale de l'Armement. Le taux d'utilisation des capacités de production dans les entreprises de défense françaises atteignait 91 % en 2024, et les carnets de commandes couvrent plusieurs années. Cela signifie qu'il est impossible d'accélérer rapidement la production pour répondre à une demande accrue. Par exemple, la fabrication d'un missile Aster nécessitait 42 mois en 2022, mais MBDA (son fabricant) prévoit de réduire ce délai à moins de 18 mois d'ici 2026. Cependant, ces améliorations restent insuffisantes sans une augmentation massive des investissements et des infrastructures industrielles.
En Ukraine, les belligérants utilisent à nouveau des armes interdites ou bannies par des traités internationaux, comme les mines antipersonnel ou les bombes à sous-munitions. Ces armes, bien que très efficaces, sont considérées comme « sales » en raison de leurs conséquences humanitaires. Par exemple, la Convention d'Ottawa (1997) interdit les mines antipersonnel, et la Convention d'Oslo (2008) proscrit les bombes à sous-munitions. Pourtant, des pays comme la Pologne, les pays baltes ou la Finlande envisagent de quitter ces traités pour renforcer leur arsenal. En Europe de l'Ouest, cette option n'est pas encore à l'ordre du jour, mais la pression pourrait s'accentuer avec l'intensification des conflits. Ces pratiques soulèvent des questions éthiques et stratégiques sur l'évolution des normes militaires.
Pour surmonter ces vulnérabilités, l'Europe doit passer à une « économie de guerre », c'est-à-dire une production militaire massive et coordonnée. Cela implique de construire de nouvelles usines, mais aussi de former des « champions » industriels à l'échelle continentale pour éviter la fragmentation actuelle. Par exemple, la **Commission européenne** a financé l'achat de 1 500 missiles **Mistral** par neuf pays, et la France, l'Italie et le Royaume-Uni ont commandé 700 missiles **Aster** pour réduire les délais de production. Cependant, ces initiatives se heurtent à des résistances politiques, car chaque pays protège ses industries et ses emplois. Sans une coopération renforcée, l'Europe risque de rester dépendante des États-Unis ou de se tourner vers d'autres fournisseurs comme la Corée du Sud, comme l'a fait la Pologne avec un investissement de 18 milliards d'euros.

