Aux États-Unis, la “plus grande colonie survivaliste du monde” survivra-t-elle aux conflits de voisinage ?
Chiens errants, violences, actions en justice, tensions entre résidents et promoteurs… En attendant l’apocalypse, la cohabitation est difficile entre les habitants d’un immense et luxueux complexe survivaliste situé en Dakota du Sud, raconte “The Wall Street Journal”..
Dans le Dakota du Sud, aux États-Unis, se trouve Vivos xPoint, présenté comme la plus grande colonie survivaliste du monde. Ce complexe, créé en 2016 par l’entrepreneur Robert Vicino, comprend 575 bunkers en béton blindé, chacun pouvant accueillir une famille. Les bunkers sont conçus pour résister à des catastrophes majeures comme une guerre nucléaire ou une pandémie, avec des équipements comme des réserves de nourriture. Le promoteur promet un confort survivaliste cinq étoiles, avec des infrastructures prévues comme un bunker-restaurant ou une piscine. Les résidents paient jusqu’à 55 000 dollars (47 000 €) d’acompte pour un bail de 99 ans, plus des taxes annuelles et des charges. Environ un tiers des unités est déjà loué, dont certaines occupées en permanence.
Malgré l’objectif de sécurité, la cohabitation entre résidents tourne au cauchemar. Les tensions portent sur des problèmes pratiques comme l’assainissement défaillant, les taxes foncières ou la divagation des chiens. Les conflits dégénèrent parfois en violences, avec des menaces, des bagarres et même des armes à feu. En 2023, un résident, David Streeter, a tiré sur un artisan après une altercation, blessant cet homme. Un grand jury a refusé de l’inculper, estimant qu’il agissait en légitime défense. Vivos, le promoteur, nie toute responsabilité et affirme que ces incidents émanent d’une minorité de résidents. Pourtant, deux affaires ont été portées devant la cour suprême de l’État.
Les résidents doivent respecter un règlement strict, incluant l’interdiction de parler du site ou de son propriétaire aux médias, sous peine d’expulsion. Vivos peut modifier ce règlement en cours de bail. Les charges mensuelles ont augmenté pour certains, comme Daniel Sindorf, un ancien fonctionnaire ayant investi 35 000 dollars (30 000 €) pour son bail et 100 000 dollars (86 000 €) en travaux. Il a aussi signalé des chiens errants agressifs. En juillet 2023, il a sorti une arme pour se défendre, déclenchant une nouvelle procédure d’expulsion de la part de Vivos. Le promoteur se défend en affirmant que la majorité des résidents cohabitent pacifiquement.
La maire d’Edgemont, une petite ville proche du complexe, se montre sceptique. Elle estime que le projet n’apporte que peu de bénéfices à sa commune, malgré la présence de quelques résidents qui viennent en ville. Larry Harter, un ancien chef de train voisin, résume la situation en ces termes : Quand vous regroupez autant de gens animés de la même mentalité dans un espace aussi restreint, il y a forcément un moment où ils vont se marcher sur les pieds et où ça va dégénérer. Le complexe, initialement conçu pour résister à des catastrophes globales, peine à gérer les conflits humains au quotidien.
Le projet *Vivos xPoint* illustre les défis des communautés fermées, même lorsqu’elles sont conçues pour des scénarios extrêmes. Les résidents, souvent aisés, ont investi des sommes importantes pour se préparer à des crises majeures, mais se retrouvent confrontés à des problèmes banals comme des travaux non terminés ou des règles floues. Dante Vicino, gérant actuel du complexe, affirme que ces conflits ne freinent pas le projet, qui compte déjà près d’un tiers de ses unités louées. Pourtant, les procédures judiciaires et les tensions persistent, remettant en cause la viabilité à long terme de cette utopie survivaliste.

