Des frigos piratés dans des supermarchés à cause d’équipements obsolètes ou non mis à jour
Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des pirates ont pris le contrôle de systèmes de régulation du froid dans plusieurs centaines de supermarchés français. Danfoss, le fabricant danois de ces contrôleurs, affirme que les équipements compromis étaient soit obsolètes, soit non mis à jour.
En octobre 2026, une cyberattaque a ciblé les systèmes de réfrigération de centaines de supermarchés en France, notamment des enseignes comme Intermarché, Netto, Leclerc et des magasins Coopérative U. Les attaquants ont détourné la fonction de dégivrage automatique des frigos et chambres froides, remplaçant le cycle normal (environ deux heures par jour) par un dégivrage forcé et continu, avec une température fixée à 50°C. Ce changement a provoqué la destruction de produits frais et surgelés, entraînant des pertes financières importantes. L'heure de déclenchement de l'attaque a joué un rôle crucial : dans certains magasins, elle a commencé avant minuit, laissant les installations chauffer pendant plusieurs heures avant l'arrivée des employés, causant la perte totale des stocks. Dans d'autres cas, une partie des produits a pu être sauvée.
Les systèmes piratés partagent un point commun : ils utilisent des contrôleurs de réfrigération de la marque danoise Danfoss. Ces appareils, qui permettent de surveiller et réguler la température des frigos, sont soumis à des normes européennes strictes imposant un horodatage des températures, des alarmes en cas d'anomalie et des actions de maintenance à distance. Danfoss a identifié deux modèles vulnérables : les AK-SM 800 et AK-SC 355, désormais obsolètes, ou l'AK-SM 800A non mis à jour. L'AK-SC 355 n'est plus commercialisé, et Danfoss recommande son remplacement par la gamme AK-SM 800. L'AK-SM 800A, bien que toujours en vente, nécessite des mises à jour régulières pour corriger des failles de sécurité.
L'AK-SM 800A a fait l'objet de plusieurs failles de sécurité publiques. En août 2023, trois failles ont été signalées dans la version 3.3 du microgiciel (firmware), dont une permettant à un attaquant authentifié d'exécuter des commandes à distance. En 2025, trois nouvelles failles ont été découvertes par la société Claroty, corrigées dans les versions 4.2 et 4.3.1. La plus critique, CVE-2025-41450, permet d'obtenir à distance une session d'administrateur. Selon Claroty, 2 765 interfaces AK-SM 800A étaient accessibles depuis internet en 2025, un chiffre qui aurait légèrement augmenté depuis. Cependant, l'attaque d'octobre 2026 ne serait pas directement liée à ces failles, car elle aurait ciblé des versions antérieures à la version 4, cumulant les vulnérabilités de 2023 et 2025.
La responsabilité de cette attaque semble incomber aux magasins et aux entreprises de sous-traitance, qui n'ont pas mis à jour ou remplacé leurs équipements obsolètes. Danfoss a souligné que l'exposition à internet de ces contrôleurs nécessite une surveillance étroite du code employé. Une enquête a été ouverte par la section anti-cybercriminalité du parquet de Paris et confiée à l'Office anti-cybercriminalité (OFAC) pour déterminer comment l'attaque s'est produite et identifier les responsables. Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, a qualifié cette attaque de « d'une extrême gravité et inédite », soulignant son impact sur l'approvisionnement alimentaire des Français.
Les conséquences financières de cette cyberattaque sont très concrètes. Selon BFMTV, le magasin Leclerc de Wasselone a dû jeter l'intégralité de ses produits surgelés et frais, entraînant une perte estimée à 220 000 euros. Cette attaque, qui a touché une centaine de coopératives U et 300 magasins Intermarché et Netto, selon BFMTV, est inédite à l'échelle d'un pays. Elle soulève des questions sur les processus de mise à jour des équipements et la durée d'entretien logiciel pour ces systèmes critiques, essentiels à la conservation des produits frais.

