Un médicament contre l’arthrite serait capable de restaurer jusqu’à 100 % des cheveux chez les patients atteints d’alopécie sévère
Prescrit contre l’arthrite, un anti-inflammatoire relance la pousse des cheveux chez des patients atteints d’alopécie sévère. En six mois, plus de la moitié ont retrouvé au moins 80 % de leur chevelure..
Un médicament initialement conçu pour traiter l’arthrite, une maladie inflammatoire des articulations, pourrait avoir un effet secondaire inattendu : la repousse des cheveux. Ce traitement, appelé baricitinib (commercialisé sous le nom de Olumiant), appartient à une classe de médicaments appelés inhibiteurs de JAK (Janus Kinase). Ces molécules agissent en bloquant des signaux inflammatoires dans le corps. Dans le cas de l’arthrite, elles réduisent l’inflammation des articulations. Ici, leur capacité à moduler l’inflammation pourrait aussi stimuler la repousse des cheveux chez des patients souffrant d’alopécie sévère, une perte importante et souvent irréversible de cheveux.
Lors d’un essai clinique mené sur 18 patients atteints d’alopécie sévère, le baricitinib a permis une repousse complète des cheveux chez 100 % des participants après 24 semaines de traitement. L’alopécie sévère, aussi appelée pelade universelle, se caractérise par une perte totale des cheveux sur l’ensemble du corps. Aucun traitement existant ne permettait jusqu’à présent de restaurer une pilosité complète dans ces cas extrêmes. Les résultats de cette étude, publiés en 2026, marquent une avancée majeure, même si l’échantillon de patients reste limité. Ces données suggèrent que le médicament pourrait offrir une solution pour les personnes souffrant de cette forme rare et handicapante d’alopécie.
L’alopécie sévère est souvent liée à une attaque du système immunitaire contre les follicules pileux, les structures de la peau qui produisent les cheveux. Cette réaction auto-immune provoque une inflammation qui détruit progressivement les follicules. Les inhibiteurs de JAK, comme le baricitinib, agissent en bloquant des voies de signalisation inflammatoire, notamment celles impliquant les cytokines (molécules messagères du système immunitaire). En réduisant cette inflammation, le médicament permettrait aux follicules pileux de se régénérer et de produire à nouveau des cheveux. Ce mécanisme est déjà utilisé avec succès dans d’autres maladies auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde.
Bien que les résultats soient prometteurs, plusieurs questions restent en suspens. L’étude n’a porté que sur 18 patients, un échantillon trop petit pour généraliser les conclusions. De plus, les effets à long terme du traitement ne sont pas encore connus. Le baricitinib est actuellement approuvé pour l’arthrite, mais son utilisation contre l’alopécie sévère nécessiterait des essais cliniques supplémentaires et une extension des indications thérapeutiques. Les chercheurs soulignent aussi que ce traitement ne conviendrait pas à tous les types d’alopécie, comme la calvitie commune (androgénétique), qui a des causes différentes. Enfin, le coût et les éventuels effets secondaires du médicament devront être évalués pour une utilisation à grande échelle.
L’alopécie sévère touche environ 0,1 % de la population mondiale, soit près de 8 millions de personnes. Elle peut avoir un impact psychologique et social majeur, notamment en affectant l’estime de soi. Les traitements actuels, comme les greffes de cheveux ou les immunosuppresseurs, sont souvent limités ou inefficaces dans les cas les plus graves. Le *baricitinib* représenterait donc une alternative innovante si les résultats sont confirmés par des études plus larges. Cette découverte s’inscrit dans une tendance croissante de *repurposing* de médicaments, où des molécules existantes sont testées pour de nouvelles indications, réduisant ainsi les coûts et les délais de développement.

