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Géopolitique

L’AfD affirme vouloir mettre le réarmement allemand au service de « campagnes offensives de remigration »

Le Grand Continent · mis à jour il y a 9 j

Pourquoi, malgré le scandale suscité, ce n’est pas vraiment un dérapage L’article L’AfD affirme vouloir mettre le réarmement allemand au service de « campagnes offensives de remigration » est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Déclaration choc AfD

Ulrich Siegmund, probable futur ministre-président de Saxe-Anhalt et membre de l’AfD (Alternative für Deutschland, parti d’extrême droite allemand), a déclaré lors d’une réunion parlementaire le 10 septembre 2026 que son parti ne rejetait pas en bloc la production d’armes (Rüstungsgüter en allemand), car elle serait nécessaire pour mener des «campagnes offensives de remigration et d’expulsion». Il a précisé que ces moyens militaires serviraient aussi à renforcer la sécurité intérieure, la stabilité nationale et la défense du territoire, tout en évitant d’engager l’Allemagne dans des conflits étrangers. Ses propos ont immédiatement suscité une vive polémique, notamment de la part du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, parti social-démocrate), dont la présidente Katja Pähle a qualifié ces déclarations de «menace politique» et de «recours à la violence comme moyen politique», évoquant même une «hideuse grimace de modèles totalitaires».

Remigration : concept clé AfD

Le terme «remigration» désigne une politique prônée par l’AfD visant à organiser le retour forcé des personnes immigrées, y compris celles installées depuis plusieurs générations en Allemagne. Ce concept est au cœur de l’idéologie du parti et est présenté comme une solution à ce qu’il qualifie d’«africanisation», «orientalisation» ou «islamisation» de l’Allemagne. Dès 2018, Björn Höcke, figure majeure de l’aile la plus radicale de l’AfD, évoquait dans son livre Nie zweimal in denselben Fluss (Jamais deux fois dans le même fleuve) la nécessité d’un «projet de remigration à grande échelle», qualifiant cette politique de «cruauté bien dosée» (wohltemperierte Grausamkeit) et admettant que «les épreuves humaines et les scènes désagréables ne pourront pas toujours être évitées». En 2016, Frauke Petry, alors présidente de l’AfD, avait déjà exigé que la police des frontières utilise «si nécessaire son arme à feu» contre les migrants, même accompagnés d’enfants. Le chancelier allemand Friedrich Merz a, quant à lui, qualifié cette politique de «nettoyage ethnique» lors d’un discours au Bundestag le 9 septembre 2026.

Réactions politiques et débats

Les déclarations d’Ulrich Siegmund ont relancé le débat sur une éventuelle interdiction de l’AfD en Allemagne. L’Office fédéral de protection de la Constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz) classe déjà ce parti comme «manifestement d’extrême droite», et sa section régionale en Saxe-Anhalt est considérée comme telle depuis 2023. Cependant, aucune demande formelle d’interdiction n’a encore été déposée auprès de la Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassungsgericht) à Karlsruhe, en raison d’obstacles juridiques très élevés. Le chancelier Friedrich Merz se montre sceptique, tandis que le SPD est divisé sur la question. Les Verts (Bündnis 90/Die Grünen), en revanche, font pression pour engager cette procédure. Par ailleurs, le parti nationaliste de gauche BSW (Bündnis Sahra Wagenknecht, parti fondé par l’ancienne dirigeante de Die Linke) a critiqué l’AfD, accusant Siegmund de provoquer pour éviter de devoir gouverner.

Programme AfD et mesures coercitives

Le programme de gouvernement adopté par l’AfD en avril 2026 à Magdebourg (Saxe-Anhalt) prévoit plusieurs mesures radicales en matière de contrôle migratoire. Parmi elles figurent la création d’une «cellule de crise contre l’immigration», une «surveillance de quartier bénévole» conçue comme une force auxiliaire pour soutenir la police, et la reconnaissance des agents chargés des expulsions comme des «héros du quotidien». En 2016, l’AfD avait déjà réclamé la suppression de «l’obstacle constitutionnel» à l’intervention de la Bundeswehr (armée allemande) sur le territoire national, ainsi que la création d’un «corps de réservistes chargés de la sécurité des frontières». Ces propositions s’inscrivent dans une logique de renforcement des moyens coercitifs pour appliquer sa politique de remigration, comme l’a confirmé Ulrich Siegmund dans ses déclarations récentes.

Contexte économique et industriel

La question du réarmement de l’Allemagne prend un tour concret en Saxe-Anhalt, où le fabricant israélien Elbit Systems négocie l’implantation d’une usine de production d’armes à Sangerhausen, une ville de 28 000 habitants ayant perdu un tiers de sa population depuis 1990 et affichant un taux de chômage supérieur à 10 %. Ce projet, qui devrait créer 400 emplois sur un site de plus de 100 hectares, illustre les tensions entre les ambitions économiques locales et les positions idéologiques de l’AfD. Le parti, qui se présente comme pacifiste vis-à-vis de la Russie, se retrouve ainsi confronté à un dilemme : soutenir une industrie militaire qu’il pourrait utiliser pour ses projets de remigration, tout en maintenant une ligne politique alignée sur Moscou. Ce paradoxe met en lumière les contradictions internes de l’AfD, entre discours radical et réalités économiques.

Ce que ça pourrait changer

Les propos d’Ulrich Siegmund et de Björn Höcke s’inscrivent dans une **référence explicite à la philosophie politique de Hegel**, notamment à son ouvrage *La Constitution de l’Allemagne* (1800-1802). Höcke cite une phrase de Hegel selon laquelle **«on ne soigne pas les membres en décomposition avec de l’eau de lavende»**, justifiant ainsi l’usage de la violence pour résoudre des crises politiques. Il compare cette approche à celle de **Machiavel** dans *Le Prince*, où la fin (sauver l’État) justifie les moyens (violence, coercition). Höcke va plus loin en appelant de ses vœux **«un nouveau Charles Martel pour sauver l’Europe»**, en référence à la victoire de Charles Martel contre les musulmans à la bataille de Poitiers en 732. Il critique également la **Bundeswehr**, qu’il qualifie de **«troupe de mercenaires sans objectifs sérieux»**, soulignant ainsi son rejet des institutions militaires actuelles au profit d’une armée plus radicale et idéologiquement alignée.

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