« Être du bon côté de l'histoire, c'est être dans la rue » : les activistes écolos et paysans se joignent à la mobilisation
Transmission de connaissances et appui logistique : depuis le début des mobilisations lycéennes, des organisations écolos ont fait le choix d'apporter leur soutien. Dans la rue le 17 octobre, elles ont continué à faire le pont entre les revendications.
Le 28 septembre 2023, des militants écologistes et paysans organisent une manifestation commune à Paris pour dénoncer les politiques agricoles et environnementales jugées insuffisantes par le gouvernement français. Cette mobilisation s'inscrit dans un mouvement plus large de contestation contre la loi d'orientation agricole (LOA), adoptée en 2023, qui est perçue comme favorisant les grands groupes industriels au détriment des petits agriculteurs et de l'environnement. Les organisateurs, parmi lesquels figurent des syndicats comme la Confédération paysanne et des associations comme Les Amis de la Terre, estiment que cette loi ne répond pas aux enjeux climatiques et sociaux actuels. Environ 10 000 personnes sont attendues selon les organisateurs, tandis que les forces de l'ordre prévoient un rassemblement de 5 000 à 7 000 participants. Cette mobilisation reflète une alliance inédite entre deux mouvements souvent perçus comme distincts, mais unis par des revendications communes sur la transition écologique et la justice sociale.
Les manifestants dénoncent plusieurs aspects de la politique gouvernementale, notamment le Plan stratégique national (PSN) français, qui définit la mise en œuvre de la Politique agricole commune (PAC) de l'Union européenne. Ce plan est critiqué pour son manque d'ambition en matière de réduction des pesticides, de soutien aux petites exploitations et de protection des sols. Les activistes réclament également l'arrêt des subventions publiques accordées aux projets industriels polluants, comme les méga-bassines, qui sont des réservoirs d'eau géants destinés à l'irrigation intensive. Selon les organisateurs, ces projets aggravent la sécheresse et menacent les ressources en eau locales. Par ailleurs, les manifestants demandent une revalorisation des revenus des agriculteurs, souvent confrontés à des difficultés économiques, et une meilleure prise en compte de leurs conditions de travail. Le slogan « Être du bon côté de l'histoire, c'est être dans la rue » résume leur conviction que l'action collective est le seul moyen de faire entendre leurs revendications.
Cette mobilisation intervient dans un contexte politique marqué par une crise de confiance entre le gouvernement et les acteurs de la transition écologique. En 2023, la France a été condamnée par la Cour de justice de l'Union européenne pour non-respect des directives sur la qualité de l'air, notamment dans plusieurs grandes villes comme Paris, Lyon et Marseille. De plus, le gouvernement a été critiqué pour son soutien à des projets industriels controversés, comme l'extension de l'aéroport de Roissy ou la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, perçus comme incompatibles avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les manifestants dénoncent également la stratégie nationale bas-carbone (SNBC), un plan gouvernemental visant à réduire les émissions de CO₂, qu'ils jugent trop timide et peu contraignante. Cette stratégie prévoit une réduction de 55 % des émissions d'ici 2030 par rapport à 1990, un objectif considéré comme insuffisant par de nombreux scientifiques et associations.
Les autorités françaises, représentées par le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ont réagi en soulignant les efforts du gouvernement pour soutenir les agriculteurs, notamment à travers des aides financières et des programmes de formation. Cependant, les manifestants estiment que ces mesures sont insuffisantes et ne répondent pas aux urgences climatiques et sociales. Par ailleurs, la mobilisation met en lumière les tensions entre les différentes visions de l'agriculture en France. D'un côté, les partisans d'une agriculture intensive et productiviste, souvent soutenus par les grands groupes agroalimentaires, et de l'autre, les défenseurs d'une agriculture paysanne, respectueuse de l'environnement et des travailleurs. Cette division reflète un débat plus large sur l'avenir du modèle agricole français, qui doit concilier productivité, durabilité et justice sociale. La manifestation du 28 septembre 2023 s'inscrit donc dans une lutte plus large pour la définition des priorités politiques et économiques du pays.

