Prix de l'essence, manque de profs et forêts en feu : le 17 octobre, les Gilets jaunes et la jeunesse ont convergé
500 000 manifestants ont manifesté dans les rues en France, selon la CGT , lors de la journée de mobilisation sociale du 17 octobre. Ils dénonçaient la vie chère, mais réclamaient aussi la « justice climatique », des moyens pour l'éducation nationale...
Le 17 octobre, deux mouvements sociaux majeurs en France, les Gilets jaunes et la jeunesse, ont manifesté ensemble contre des problèmes structurels du pays. Les Gilets jaunes, apparus fin 2018, sont un mouvement social et politique composé principalement de citoyens issus de milieux populaires, souvent périurbains ou ruraux, qui protestent contre la hausse des prix des carburants, le pouvoir d’achat et les inégalités économiques. La jeunesse, quant à elle, désigne ici les lycéens et étudiants mobilisés contre des réformes éducatives ou des enjeux climatiques. Leur convergence le 17 octobre 2023 illustre une alliance ponctuelle entre des revendications économiques et sociales d’une part, et des préoccupations écologiques ou éducatives d’autre part. Ce jour-là, des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes françaises, avec des slogans communs comme la critique des politiques gouvernementales et des appels à une justice sociale et environnementale.
L’un des principaux motifs de colère des Gilets jaunes était la flambée des prix de l’essence, un carburant indispensable pour de nombreux Français, notamment ceux vivant en zone rurale ou périurbaine où les transports en commun sont rares ou inexistants. En octobre 2023, le prix du litre de carburant en France dépassait régulièrement les 2 €, un niveau record lié à plusieurs facteurs : la guerre en Ukraine, qui a perturbé les approvisionnements en énergie, et la hausse des taxes sur les carburants, notamment la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Cette taxe, prélevée par l’État, vise à financer la transition écologique, mais elle pèse lourdement sur le budget des ménages modestes. Les manifestants dénonçaient ainsi un double discours : l’État encourageait la sobriété énergétique tout en rendant les carburants moins accessibles pour les plus précaires.
La jeunesse était mobilisée contre le manque de professeurs dans les établissements scolaires, un problème récurrent en France depuis plusieurs années. En 2023, plus de 4 000 postes d’enseignants n’avaient pas été pourvus à la rentrée, notamment dans les disciplines scientifiques, le français et les langues. Ce phénomène s’explique par plusieurs raisons : des conditions de travail dégradées (classes surchargées, manque de moyens), des salaires jugés insuffisants, et une image de la profession ternie par les réformes successives du système éducatif. Les élèves et leurs familles dénonçaient des cours annulés, des remplacements tardifs ou inexistants, et une inégalité d’accès à un enseignement de qualité selon les territoires. Les syndicats d’enseignants, comme le Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU), appelaient à des grèves pour alerter sur cette situation.
Les mobilisations du 17 octobre 2023 s’inscrivaient aussi dans un contexte de crise écologique, marqué par des feux de forêts dévastateurs en France. En 2022, plus de 72 000 hectares avaient brûlé, un record depuis 2003, et l’année 2023 n’était pas épargnée. Ces incendies, aggravés par le réchauffement climatique et la sécheresse, touchaient particulièrement le sud de la France, comme en Gironde ou dans les Landes. Les jeunes manifestants dénonçaient l’inaction des pouvoirs publics face à l’urgence climatique, malgré les engagements pris lors de l’Accord de Paris. Ils réclamaient des mesures fortes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, protéger les écosystèmes et adapter les territoires aux changements climatiques. Leur mobilisation s’inscrivait dans la continuité des mouvements comme Fridays for Future, qui appelle à des grèves scolaires pour le climat.
La convergence des *Gilets jaunes* et de la *jeunesse* le 17 octobre 2023 a marqué un moment rare dans l’histoire des mobilisations sociales françaises. Historiquement, les deux mouvements avaient des revendications distinctes : les premiers luttaient pour le pouvoir d’achat, les seconds pour l’écologie ou l’éducation. Pourtant, ce jour-là, leurs luttes se sont rejointes autour de thèmes communs : la justice sociale, la transition écologique et la critique des politiques gouvernementales. Cette alliance s’est traduite par des rassemblements unitaires dans plusieurs villes, comme Paris, Lyon ou Bordeaux, où des cortèges mixtes ont défilé ensemble. Les organisateurs espéraient ainsi donner plus de poids à leurs revendications en montrant une unité rare entre des générations et des classes sociales différentes. Cependant, les divergences de fond entre les deux mouvements restaient visibles, notamment sur les méthodes d’action ou les priorités politiques.

