La mairie de Lisbonne écope d’une amende record pour le “Russiagate”
La municipalité avait transmis à l’ambassade de Russie les coordonnées d’opposants à Vladimir Poutine. Cinq ans après le scandale, la justice portugaise a fixé le montant de la sanction, considérablement réduit par la prescription de dizaines d’infractions, rapporte le “Diário de Notícias”..
La mairie de Lisbonne a été condamnée à payer une amende de 463 700 euros pour avoir transmis les données personnelles d’opposants à Vladimir Poutine à des organismes russes, dont l’ambassade de Russie au Portugal. Cette sanction, la plus lourde jamais infligée au Portugal pour violation de la protection des données, a été fixée par la justice portugaise le 9 septembre 2026. Initialement, l’amende avait été estimée à 1,25 million d’euros en 2021, puis réduite à 738 000 euros en 2025 en raison de la prescription de plusieurs infractions. La mairie a finalement obtenu l’annulation de 42 contraventions supplémentaires, ce qui a permis de réduire le montant final. Cette affaire, surnommée le Russiagate par les médias, illustre les tensions entre la protection des données personnelles et les pratiques de surveillance politique à l’échelle internationale.
Le scandale a éclaté en 2021, lorsque des opposants à Vladimir Poutine ont organisé une manifestation à Lisbonne en soutien à Alexeï Navalny, figure de l’opposition russe emprisonnée. Les services municipaux de Lisbonne ont alors transmis leurs noms, adresses et coordonnées à des organismes russes. Une enquête a révélé que cette pratique était bien plus large : entre 2013 et 2021, sous les mandats des maires socialistes António Costa et Fernando Medina, les données personnelles d’organisateurs de manifestations avaient été communiquées à des entités étrangères. Au moins 27 envois ont été recensés pour l’ambassade de Russie seule. La mairie n’a pas contesté ces faits, et les tribunaux ont confirmé qu’elle avait agi de manière libre, délibérée et consciente, en sachant que cette pratique était illégale.
Les conséquences de cette affaire dépassent le cadre financier. Certains citoyens russes dont l’identité a été révélée ne peuvent plus retourner dans leur pays, craignant des représailles. La procédure judiciaire n’est pas encore close selon la mairie, mais l’avocat de la Commission nationale de protection des données (CNPD) estime que la sanction ne devrait plus être réduite, sauf erreur de calcul. La CNPD rappelle que les infractions étaient prescrites pour certaines, mais que la gravité des actes justifiait une condamnation exemplaire. Cette affaire soulève des questions sur la responsabilité des institutions publiques dans la protection des données personnelles et les limites de la coopération internationale face aux régimes autoritaires.
L’affaire s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu entre l’Union européenne et la Russie. Elle survient cinq ans après les premières révélations, en 2021, et intervient alors que Lisbonne est dirigée par Carlos Moedas, membre du parti SPD (centre droit), succédant à des maires socialistes. Les faits remontent à une période où les relations entre le Portugal et la Russie étaient déjà marquées par des tensions, notamment en raison du soutien portugais aux sanctions européennes contre Moscou. Cette condamnation rappelle l’importance des règles de protection des données, encadrées par le *Règlement général sur la protection des données* (RGPD), un texte européen entré en vigueur en 2018 pour renforcer la confidentialité des informations personnelles.

