Eaux polluées, dissimulation de preuves… Qui est Syngenta
Samedi, le cortège de la manifestation «stop pesticides» passera tout près du site normand de ce mastodonte de l’agrochimie. Une entreprise méconnue qui fabrique des produits hautement toxiques à destination des pays pauvres.
Syngenta est un géant suisse de l’agrochimie, spécialisé dans la fabrication et la vente de pesticides. En 2025, son chiffre d’affaires s’élevait à 28,4 milliards de dollars (25,3 milliards d’euros), ce qui en fait le premier vendeur mondial de pesticides, devant Bayer. L’entreprise emploie 28 000 salarié·es dans 90 pays et a été rachetée en 2017 par le groupe chinois ChemChina. Syngenta est au centre d’une manifestation prévue le 3 octobre 2026 à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), organisée par des syndicats agricoles, des associations de victimes des pesticides et des mouvements écologistes, pour dénoncer ses pratiques et réclamer la fermeture de son site normand.
Syngenta produit et exporte des pesticides interdits en Europe vers des pays à revenus faibles ou intermédiaires, une pratique appelée « colonialisme chimique » par la géographe brésilienne Larissa Mies Bombardi. En 2017, l’entreprise a réalisé 3,9 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) de ventes avec des pesticides classés « extrêmement dangereux » par l’ONG PAN Europe, représentant 40 % de son chiffre d’affaires cette année-là. Parmi ses clients figurent le Brésil, l’Argentine, la Chine, l’Inde et plusieurs pays d’Afrique. En 2025, le Brésil a enregistré 9 729 cas d’intoxications aux pesticides, le pire bilan depuis 2015, illustrant les conséquences sanitaires de cette pratique.
En 2025, une enquête de l’émission « Vert de Rage » (France 5) a révélé la présence de six pesticides interdits dans les nappes souterraines autour de l’usine Syngenta de Saint-Pierre-la-Garenne (Eure). Parmi eux, le thiaméthoxame, interdit en France depuis 2018 pour sa toxicité, a été détecté à une concentration supérieure de près de 50 % à la norme de qualité de l’eau. L’atrazine, un herbicide interdit depuis 2004, a également été retrouvé. Syngenta a indiqué être au courant de cette pollution depuis 2003 et affirme mettre en œuvre des actions pour réduire les concentrations dans les eaux souterraines.
Le paraquat est un herbicide produit par Syngenta depuis les années 1970, interdit en Europe depuis 2007 mais toujours utilisé dans certains pays comme les États-Unis. Une simple cuillère de cette substance peut être mortelle. Syngenta est accusée de dissimuler des preuves reliant le paraquat à la maladie de Parkinson. En 2022, le Guardian a révélé que l’entreprise connaissait depuis les années 1960-1970 la toxicité du paraquat sur le système nerveux central, sans en informer les autorités. Aux États-Unis, des milliers de personnes atteintes de Parkinson ont engagé des procès contre Syngenta, estimant que leur maladie est liée à une exposition prolongée à ce pesticide.
En septembre 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a publié une liste de 61 entreprises opérant dans les colonies israéliennes de Cisjordanie, jugées illégales. Parmi elles figure Adama, un fabricant israélien de pesticides appartenant au groupe Syngenta. Peu d’informations sont disponibles sur le rôle exact de Syngenta dans cette région, mais des recherches israéliennes ont montré que la firme a mené des expérimentations de pesticides dans la vallée du Jourdain et le Golan syrien occupé, notamment pour tester la toxicité de ses « nématicides », des substances détruisant de petits vers du sol.
En 2022, Erik Fyrwald, alors PDG de Syngenta, a affirmé dans une interview que l’agriculture biologique devait être abandonnée car ses rendements pourraient être jusqu’à 50 % inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle. Selon lui, cela entraînerait des famines en Afrique et nuirait au climat en raison du labour accru nécessaire. Ces déclarations contredisent des études scientifiques, comme celles de l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture), qui montrent que l’agriculture sans pesticides peut nourrir la planète et que les engrais azotés utilisés en agriculture conventionnelle aggravent la crise climatique.
L’*atrazine* est un herbicide phare de Syngenta, interdit en Europe depuis 2004 mais toujours massivement utilisé aux États-Unis, où près de 32 000 tonnes sont épandues chaque année. Une analyse de 2026 a révélé que l’atrazine contamine près d’un quart des cours d’eau américains à des concentrations dangereuses pour la faune et la santé humaine. Des études ont montré que cette substance perturbe le système endocrinien, affecte la reproduction des amphibiens et est associée à des troubles du développement du fœtus et à des cancers. En novembre 2025, le Centre international de recherche sur le cancer l’a classée comme *« probablement cancérogène pour l’Homme »*. Malgré ces risques, Syngenta continue de la commercialiser aux États-Unis.

