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Culture

Dette, colère lycéenne : y a t-il injustice entre les générations ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

Le mouvement lycéen prend de l'ampleur au nom de l’avenir, tandis que les fantômes du passé du RN se réaffirment. L'actualité et la crise sont une question de temps, une affaire de rapport entre les générations.

Mouvement lycéen actuel

Le mouvement lycéen en France prend de l'ampleur en 2023, porté par des revendications liées à l'avenir et à la justice intergénérationnelle. Les lycéens expriment leur colère face à des enjeux comme le dérèglement climatique, la dette publique ou les retraites, qu'ils perçoivent comme des héritages problématiques laissés par les générations précédentes. Ce mouvement s'inscrit dans un contexte où les jeunes générations se sentent lésées par des décisions politiques et économiques prises sans leur consentement ni leur participation. Les lycéens, bien que n'ayant pas encore le droit de vote, mobilisent l'opinion publique et les médias pour faire entendre leur voix, illustrant un clivage générationnel croissant.

Myopie démocratique

Pierre Rosanvallon, historien et professeur émérite au Collège de France, introduit le concept de myopie démocratique pour décrire l'incapacité des démocraties modernes à anticiper les crises à long terme. Selon lui, les sociétés contemporaines privilégient systématiquement le court terme au détriment du long terme, malgré la connaissance des risques futurs. Ce phénomène se manifeste notamment par l'accumulation de dettes publiques, l'inaction climatique ou les difficultés de financement des retraites. La myopie démocratique explique pourquoi les gouvernements reportent les réformes structurelles, préférant des solutions immédiates et électoralement rentables, même si elles aggravent les problèmes futurs.

Dette publique et injustices

La dette publique française atteint des niveaux records, dépassant 110 % du PIB en 2023, selon les dernières estimations. Cette situation est souvent citée par les lycéens et les économistes comme un exemple d'injustice intergénérationnelle : les jeunes générations devront rembourser des dettes contractées avant leur naissance ou pendant leur enfance. Rosanvallon souligne que cette dette n'est pas seulement financière, mais aussi écologique et sociale, car elle limite les marges de manœuvre des États pour investir dans l'éducation, la transition écologique ou les services publics. Les jeunes générations héritent ainsi d'un fardeau qu'elles n'ont pas contribué à créer.

Crise des retraites

Le système de retraites en France fait face à des défis majeurs, notamment en raison du vieillissement de la population. Le ratio actifs/retraités, qui était de 1,7 en 2020, devrait chuter à 1,3 d'ici 2050 selon les projections de l'INSEE. Cette évolution menace la pérennité du système par répartition, où les cotisations des actifs financent les pensions des retraités. Rosanvallon et d'autres experts soulignent que les réformes successives, souvent impopulaires, peinent à résoudre le problème structurel. Les jeunes générations craignent que les ajustements futurs ne se fassent au détriment de leurs droits ou de leurs revenus, renforçant le sentiment d'injustice intergénérationnelle.

Dérèglement climatique

Le dérèglement climatique est un autre domaine où la myopie démocratique se manifeste clairement. Malgré les alertes scientifiques répétées, les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter, avec une hausse de 1,1 % en 2022 selon le rapport du GIEC. Les jeunes générations, qui subiront les conséquences les plus graves du réchauffement (canicules, montée des eaux, crises alimentaires), dénoncent l'inaction des dirigeants politiques. Rosanvallon note que les décisions environnementales sont souvent reportées en raison de leur coût immédiat ou de leur impopularité, alors que leurs bénéfices se mesureraient sur des décennies. Cette situation alimente la colère des lycéens, qui réclament des actions concrètes et immédiates.

Ce que ça pourrait changer

Pierre Rosanvallon interroge la capacité des démocraties à penser le long terme sans s'aliéner les citoyens. Pour lui, les systèmes politiques modernes sont conçus pour répondre aux attentes immédiates des électeurs, ce qui les rend vulnérables aux crises futures. Il cite l'exemple des régimes autoritaires, comme la Chine, qui peuvent imposer des réformes structurelles sans tenir compte des cycles électoraux, mais au prix d'un manque de liberté. Rosanvallon explore ainsi des pistes pour concilier démocratie et anticipation, comme la création d'institutions indépendantes capables de proposer des politiques sur plusieurs décennies, ou l'éducation civique renforcée pour sensibiliser les citoyens à l'importance du temps long.

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