Quand El Niño s’emporte
L’épisode actuel va s’intensifier dans les prochains mois pour devenir un phénomène de très forte intensité..
El Niño est un phénomène naturel qui se produit dans l’océan Pacifique, entre l’Australie et l’Équateur. Normalement, les alizés (vents d’est) poussent les eaux chaudes vers l’ouest, près de l’Australie. Mais lors d’un épisode El Niño, ces vents s’affaiblissent ou s’inversent, permettant aux eaux chaudes de s’étendre vers l’est, jusqu’aux côtes du Chili et du Pérou. Cette redistribution de la chaleur modifie la circulation atmosphérique à l’échelle mondiale, provoquant des perturbations météorologiques comme des températures plus élevées que la moyenne sur la planète. L’Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence des Nations unies, annonce qu’il y a une probabilité exceptionnellement élevée (près de 100 %) qu’El Niño persiste jusqu’en février 2027, ce qui est une première dans ses prévisions.
L’épisode actuel d’El Niño, qui a commencé en mai 2026, est particulièrement intense. Les températures dans le centre et l’est du Pacifique, notamment le long des côtes du Chili et du Pérou, sont bien plus élevées que lors d’un épisode modéré ou fort. Son ampleur est également plus grande en termes de superficie. Selon les prévisions, il pourrait persister jusqu’au printemps 2027 et atteindre une intensité de 2,5 °C, voire dépasser les 3 °C. Pour évaluer son intensité, les scientifiques mesurent les anomalies de température par rapport aux normales des 30 dernières années. Un écart de 0,5 °C à 1 °C correspond à un El Niño faible, tandis qu’un écart supérieur à 2 °C est qualifié de super-El Niño.
El Niño n’est pas directement lié aux changements climatiques, car il s’agit d’un phénomène naturel cyclique. Cependant, le réchauffement des températures océaniques, amplifié par les changements climatiques, peut intensifier ses effets. Les océans se réchauffent non seulement en surface, mais aussi en profondeur, ce qui favorise des anomalies de température plus marquées. De plus, les changements climatiques ont tendance à exacerber tous les phénomènes météorologiques, dont El Niño. Celui-ci agit comme un amplificateur de chaleur à l’échelle mondiale, augmentant les risques de vagues de chaleur, de sécheresses ou d’inondations. Les épisodes d’El Niño sont également plus fréquents et plus intenses en raison du réchauffement des océans.
Au Canada, l’épisode actuel d’El Niño, combiné au réchauffement de l’Atlantique et au retard d’englacement dans le Nord, rend les prévisions hivernales complexes. Dans l’est du pays, l’hiver sera probablement plus court et plus doux, mais avec une grande variabilité : des redoux fréquents, des alternances gel-dégel et des épisodes de pluie sur neige pourraient provoquer des inondations. Les risques de verglas ou de pluie verglaçante augmentent, car les températures resteront souvent proches du point de congélation. Le Québec et l’Ontario recevront moins de neige que d’habitude, bien que les périodes de redoux puissent limiter l’accumulation au sol. Dans les Maritimes, la saison des ouragans sera probablement plus calme. À l’ouest, de la Colombie-Britannique au Manitoba, l’hiver et le printemps 2027 seront plus doux, avec des tempêtes plus nombreuses et plus puissantes sur la côte pacifique.
Les effets de ce super-El Niño se feront sentir dans le monde entier, avec une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes. En Asie du Sud et en Océanie, des sécheresses pourraient frapper certaines régions, affaiblissant les vents de la mousson et réduisant les précipitations. Des vagues de chaleur sévères et des risques accrus de sécheresse sont également à prévoir. En Afrique australe, les conditions seront plus sèches que la normale, tandis qu’en Afrique de l’Est équatoriale, des pluies plus abondantes sont attendues. Ces perturbations peuvent avoir des conséquences graves sur l’agriculture, les ressources en eau et la sécurité alimentaire dans ces régions.
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) coordonne la collecte des données climatiques à l’échelle mondiale, mais ce sont les agences nationales qui réalisent les mesures sur le terrain. Parmi elles, on trouve Pêches et Océans Canada, Copernicus en Europe et la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) aux États-Unis. Cependant, ces efforts sont compromis par des compressions budgétaires importantes aux États-Unis. Depuis deux ans, le gouvernement américain a réduit ses financements, y compris sa contribution à l’OMM, dont 25 % du budget dépend des États-Unis. Ces coupes affectent la capacité de prévision du système météorologique mondial, rendant les prévisions moins précises.
El Niño et La Niña sont les deux phases opposées d’un même phénomène climatique. El Niño correspond à la phase chaude, où les eaux du Pacifique sont anormalement chaudes, tandis que La Niña correspond à la phase froide, avec des eaux plus froides que la normale. Une augmentation des épisodes El Niño peut avoir des conséquences majeures sur les écosystèmes marins, notamment pour les pêcheries. Par exemple, les eaux froides associées à La Niña, riches en oxygène, permettent la présence de certaines espèces de poissons comme les anchois, essentiels pour les économies locales. Lors d’un épisode El Niño, ces espèces peuvent disparaître, affectant les activités de pêche le long des côtes du Chili et du Pérou.

