La destitution express du premier procureur bolivien, téléguidée par les États-Unis
Deux jours après que Washington lui a retiré son visa, en l’accusant de liens avec le narcotrafic, le procureur général de Bolivie, Roger Mariaca, a été arrêté, ainsi que deux procureurs et un chef de la police. Depuis, la controverse ne faiblit pas dans le pays andin, partagé entre la colère face à la corruption du système judiciaire et le rejet de l’ingérence américaine..
Le 2 octobre 2026, Roger Mariaca, procureur général de Bolivie, a été arrêté à l'aéroport de Santa Cruz de la Sierra, dans l'est du pays, alors qu'il tentait de quitter le territoire. Il était en poste depuis 2024, nommé par un Parlement contrôlé par le Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti de l'ancien président Evo Morales. Mariaca était accusé d'association avec une organisation criminelle, de blanchiment d'argent et de trafic de stupéfiants. Son arrestation a eu lieu sans mandat judiciaire, selon des sources du parquet bolivien, ce qui a suscité des débats sur la légalité de l'opération. Quatre personnes au total ont été interpellées dans cette affaire, dont deux procureurs et un chef de la police. Mariaca est depuis placé en détention provisoire, une mesure temporaire qui empêche sa libération jusqu'à son procès.
Le 28 septembre 2026, le département d'État américain a annoncé le retrait du visa de Roger Mariaca, ainsi que celui d'une douzaine d'autres personnalités boliviennes. Les États-Unis l'accusent d'avoir abusé de sa fonction en acceptant des pots-de-vin pour faciliter le trafic de drogue et aider des criminels à échapper à la justice. Ces accusations ont été formulées dans un communiqué officiel, où Washington précise que ces mesures visent à sanctionner ceux qui saperait les institutions démocratiques dans l'hémisphère occidental. Cette décision a été prise en coordination avec d'autres pays de la région, selon le département d'État. Le retrait d'un visa signifie que Mariaca ne peut plus se rendre aux États-Unis ni dans certains autres pays dépendant de ce type de document pour l'entrée.
La destitution et l'arrestation de Roger Mariaca ont provoqué une vive controverse en Bolivie. Le pays est divisé entre deux réactions principales : d'un côté, une colère face à la corruption du système judiciaire, perçu comme profondément infiltré par le crime organisé ; de l'autre, un rejet de l'ingérence américaine dans les affaires internes du pays. Certains observateurs locaux, comme le média Brújula Digital, soulignent le caractère express de cette procédure, où Mariaca est passé en une semaine du statut de tout-puissant procureur général à celui de prévenu. Cette rapidité a alimenté les suspicions d'une opération politique, d'autant que les États-Unis ont justifié leurs sanctions par des motifs liés à la démocratie, un argument qui divise la population bolivienne.
La Bolivie traverse une période de tensions politiques, avec un Parlement historiquement contrôlé par le MAS, le parti de gauche d'Evo Morales, ancien président du pays (2006-2019). Mariaca avait été nommé procureur général en 2024, alors que le MAS dominait encore les institutions. Son arrestation survient dans un contexte où les États-Unis multiplient les pressions sur les gouvernements de la région, accusés de liens avec le narcotrafic ou de dérive autoritaire. Cette affaire illustre les tensions entre Washington et certains pays d'Amérique latine, où les gouvernements de gauche, comme celui de la Bolivie, sont souvent perçus comme des adversaires stratégiques par les États-Unis. Le retrait des visas s'inscrit dans une politique plus large de sanctions ciblées contre des personnalités politiques et judiciaires.
L'affaire de Roger Mariaca soulève des questions sur l'indépendance de la justice en Bolivie. Son arrestation sans mandat judiciaire a été critiquée par des fonctionnaires du parquet, qui dénoncent une violation des procédures légales. Mariaca est accusé de *trafic de stupéfiants*, un crime grave passible de lourdes peines en Bolivie, où le narcotrafic est un fléau persistant. Le *blanchiment d'argent* et l'*association avec une organisation criminelle* sont des infractions liées, souvent associées à des réseaux mafieux transnationaux. Cette affaire pourrait avoir des répercussions sur d'autres procédures judiciaires en cours, notamment celles impliquant des personnalités politiques ou économiques proches du pouvoir. La Bolivie, comme d'autres pays d'Amérique latine, lutte depuis des années contre l'influence des cartels de la drogue dans ses institutions.

