« Nous déconseillons fortement d’acheter un Pixel 11 » : GrapheneOS dénonce un changement opéré par Google
Après une semaine de travail, les développeurs de GrapheneOS annoncent qu'ils n'arrivent pas à porter leur système sur les Pixel 11. En cause : l'absence du marquage mémoire matériel (MTE), une protection présente sur tous les Pixel depuis 2023.
Le projet open source GrapheneOS, spécialisé dans la création d’une version ultra-sécurisée d’Android, annonce qu’il ne pourra pas porter son système sur les nouveaux smartphones Google Pixel 11, commercialisés depuis le 20 août 2026. Après une semaine de travail, les développeurs ont constaté l’absence d’une fonction de sécurité cruciale, le MTE (Memory Tagging Extension), dans le matériel, le firmware et le logiciel des Pixel 11. Cette absence empêche GrapheneOS de garantir le même niveau de protection que sur les modèles précédents. Le projet déconseille donc fortement l’achat de ces nouveaux appareils, voire envisage de sauter toute la génération. Jusqu’ici, GrapheneOS était souvent installé sur les Pixel pour offrir une alternative sécurisée à Android standard.
Le MTE (Memory Tagging Extension) est une technologie intégrée aux processeurs ARM récents, conçue pour limiter les failles de sécurité liées à la mémoire. Chaque programme se voit attribuer une étiquette unique lors de l’allocation de mémoire. Si un programme tente d’accéder à une zone mémoire non autorisée, le processeur détecte l’incohérence et bloque l’opération avant qu’un attaquant ne puisse exploiter la faille. Selon Google, les bugs de sécurité mémoire représentent plus de 60 % des failles classées « haute sévérité » sur Android. Le MTE n’est pas activé par défaut sur les Pixel, mais GrapheneOS l’utilise systématiquement dans son système, y compris dans le noyau et les applications, pour renforcer la protection. Son absence sur les Pixel 11 rend impossible le portage de GrapheneOS.
Google a retiré le support des Pixel de l’Android Open Source Project (AOSP) à partir d’Android 16, ce qui complique le travail des développeurs de GrapheneOS. Cette décision a coïncidé avec la disparition du MTE sur les Pixel 11, une fonction pourtant présente sur tous les modèles Pixel depuis 2023. GrapheneOS souligne que cette suppression semble motivée par des raisons économiques, bien que Google n’ait pas confirmé officiellement. En comparaison, Apple a déployé sa propre technologie de protection mémoire, appelée Memory Integrity Enforcement, sur les iPhone 17 et les Mac équipés de la puce M5. Cette fonction est activée en permanence, contrairement à celle de Google. GrapheneOS salue la « très bonne intégration » d’Apple, tout en critiquant le recul de Google sur la sécurité.
Sans le MTE, GrapheneOS recommande de se tourner vers les modèles précédents, comme le Pixel 8, 9 ou 10, jugés plus sûrs une fois GrapheneOS installé. Le Pixel 10 est présenté comme le meilleur choix actuel. GrapheneOS reconnaît cependant quelques améliorations sur le Pixel 11, comme un démarrage vérifié résistant aux futurs ordinateurs quantiques (ML-DSA), le remplacement de la pile IMS de Samsung par celle d’AOSP, et un nouveau coprocesseur Titan M3 pour protéger les données avant déverrouillage. Cependant, le projet estime que ces progrès sont annulés par la suppression du MTE. GrapheneOS critique aussi le prix élevé des Pixel 11 pour des améliorations marginales, comme un processeur similaire et un GPU sous-dimensionné, ainsi qu’une réduction de la RAM sur les versions Pro (passant de 16 à 12 Go sur la version 256 Go).
La relation entre Google et GrapheneOS s’est dégradée depuis plusieurs mois, notamment depuis qu’Android 16 a retiré le support des Pixel de l’AOSP. Cette décision a complexifié le travail des développeurs, qui dépendaient auparavant des smartphones de Google. En réponse, GrapheneOS a signé des partenariats avec d’autres fabricants, comme Motorola, pour réduire sa dépendance aux Pixel. Le projet continue de promouvoir des alternatives sécurisées, tout en critiquant ouvertement les choix de Google en matière de sécurité et de politique logicielle. Ces tensions illustrent un clivage croissant entre les acteurs du logiciel open source et les géants technologiques comme Google.

