Comment l’Ozempic a relancé la grossophobie dans nos sociétés
Chaque semaine “Courrier international” explique ses choix éditoriaux. Dans l’hebdomadaire en kiosque le 8 octobre, nous consacrons notre dossier aux discriminations, de plus en plus criantes, qui frappent les gros, l’une des conséquences de l’engouement pour l’Ozempic et autres traitements similaires.
L’Ozempic est un médicament à base de sémaglutide, une molécule qui agit comme un analogue du GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1), une hormone naturelle régulant la glycémie et la satiété. Initialement conçu pour traiter le diabète de type 2, il est aujourd’hui largement utilisé pour la perte de poids sous des noms commerciaux comme Wegovy ou Mounjaro. Son succès a relancé dans les sociétés occidentales une grossophobie, c’est-à-dire une discrimination envers les personnes en surpoids ou obèses. Cette stigmatisation se manifeste par des jugements moraux, comme l’idée que le poids serait uniquement lié à un manque de volonté ou à une mauvaise hygiène de vie. En 2026, des médias internationaux, dont The Guardian et Die Wochenzeitung, soulignent que cette tendance va à l’encontre des avancées des années 2010, marquées par le body positivisme, un mouvement militant pour l’acceptation de tous les corps.
L’IMC (Indice de Masse Corporelle) est une mesure calculée en divisant le poids (en kilogrammes) par le carré de la taille (en mètres). Il est souvent utilisé pour évaluer si une personne est en situation de surpoids ou d’obésité. Cependant, les scientifiques soulignent depuis plusieurs années que l’IMC ne reflète pas la complexité de la santé : une personne peut avoir un IMC élevé sans présenter de problèmes médicaux, tandis qu’une autre avec un IMC normal peut être en mauvaise santé. En 2026, des experts insistent sur le fait que le surpoids ou l’obésité ne doivent pas être systématiquement associés à des maladies. Pourtant, les préjugés persistent dans des domaines comme le travail, les relations sociales ou intimes, où les personnes en surpoids sont souvent jugées ou discriminées.
L’engouement pour les médicaments comme l’Ozempic a créé un marché colossal, estimé à plusieurs milliards d’euros. D’un côté, des groupes agroalimentaires vendent des produits transformés, souvent riches en calories et pauvres en nutriments, qui favorisent la prise de poids. De l’autre, des industriels pharmaceutiques commercialisent des traitements pour maigrir. Ce paradoxe illustre une logique économique où la santé publique est secondaire face aux profits. Selon El País, cette situation crée une confusion chez les consommateurs, pris entre des incitations à consommer et des solutions coûteuses pour perdre du poids. En 2026, cette dynamique est pointée du doigt comme une source de discriminations accrues envers les personnes en surpoids.
Les discriminations envers les personnes en surpoids ou obèses se manifestent dans divers aspects de la vie quotidienne. Dans le monde professionnel, elles peuvent limiter les opportunités d’embauche ou de promotion. Dans la sphère privée, elles affectent les relations amicales ou amoureuses, où les préjugés sur l’apparence physique jouent un rôle. En 2026, des médias comme Die Wochenzeitung soulignent que cette grossophobie est souvent teintée de racisme et de misogynie, renforçant les inégalités. Par exemple, les femmes en surpoids sont plus fréquemment stigmatisées que les hommes, et les personnes issues de minorités ethniques subissent des discriminations supplémentaires.
Le **body positivisme** est un mouvement militant apparu dans les années 1960, qui milite pour l’acceptation de tous les corps, sans distinction de taille, de forme ou d’apparence. Dans les années 2010, ce mouvement a gagné en visibilité, notamment grâce aux réseaux sociaux, et a permis de remettre en question les normes esthétiques dominantes. En 2026, cependant, cette dynamique semble s’essouffler. Des voix comme celle de Rebecca Shaw, autrice australienne, dénoncent un retour en force des injonctions à maigrir, portées par des médicaments comme l’Ozempic. Shaw critique une société qui harcelerait les personnes en surpoids, les rendant responsables de leur poids et leur imposant une quête de minceur selon des critères souvent arbitraires.

