Dans les villes soudanaises assiégées, les jardins potagers sauvent de la faim organisée
Au Soudan, depuis avril 2023, les populations sont otages de la guerre féroce qui oppose l’armée soudanaise à son ancien allié paramilitaire, les Forces de soutien rapide (FSR). Dans ce pays ravagé, des villes sont assiégées et la faim devient une arme.
Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans un conflit armé opposant deux forces majeures : l’armée soudanaise officielle, appelée Forces armées soudanaises (FAS), et un groupe paramilitaire, les Forces de soutien rapide (FSR). Ces deux factions, autrefois alliées, se livrent une guerre féroce qui a transformé des villes entières en zones assiégées. La population civile, prise en étau, subit des conditions de vie extrêmes, marquées par des pénuries massives de nourriture et de soins. Ce conflit, qui dure depuis plus de trois ans, est décrit comme une guerre où la faim est utilisée comme une arme stratégique contre les civils, aggravant une crise humanitaire déjà dévastatrice.
Dans les villes assiégées comme Dilling, la situation alimentaire est catastrophique. Les blocus et les restrictions imposés par les belligérants empêchent l’acheminement des denrées de base, transformant la nourriture en un enjeu de pouvoir. Les habitants, privés d’accès aux marchés et aux aides humanitaires, dépendent de plus en plus de solutions locales pour survivre. La faim n’est pas seulement une conséquence de la guerre, mais aussi une tactique délibérée pour affaiblir les populations et les pousser à capituler. Cette stratégie aggrave la vulnérabilité des civils, notamment des femmes et des enfants, déjà fragilisés par des années de crise.
Face à cette crise, les Soudanais se tournent vers une pratique ancestrale appelée la jubraka (ou jabarik au pluriel), un système de potagers familiaux situés à proximité des habitations. Ces petits jardins, souvent cultivés par les femmes, permettent de produire des légumes frais comme le gombo, la roquette ou des herbes aromatiques, même en période de guerre. La jubraka n’est pas seulement une source de nourriture : elle représente aussi un rituel quotidien qui redonne un sentiment de normalité et d’espoir aux habitants. Pour des familles comme celle de Rayan Hammad, à Dilling, ces potagers sont devenus une bouée de sauvetage, leur permettant de subvenir à une partie de leurs besoins alimentaires malgré l’isolement.
Les jardins potagers jouent un rôle clé dans la résilience des communautés soudanaises assiégées. En cultivant des légumes, les habitants réduisent leur dépendance aux approvisionnements extérieurs, souvent bloqués ou trop coûteux. Ces potagers permettent aussi de diversifier l’alimentation, souvent réduite à des rations insuffisantes, et d’éviter les carences nutritionnelles. De plus, la jubraka favorise la solidarité entre voisins, qui échangent graines, conseils et récoltes. Pour les familles, cultiver un jardin devient une forme de résistance passive, un moyen de préserver leur dignité et leur autonomie face à la guerre. Ces initiatives locales, bien que modestes, sauvent des vies dans un contexte où l’aide internationale est limitée ou inaccessible.
Rayan Hammad, une habitante de Dilling, illustre cette résilience à travers son quotidien. Chaque matin, avant le réveil de ses enfants, elle arrose son petit potager de jubraka, où poussent des plants de gombo et de roquette. Pour elle, ces moments passés dans le jardin sont bien plus que des tâches agricoles : ils symbolisent la persistance de la vie malgré la guerre. « Quand je vois les plantes pousser tous les jours, je retrouve l’espoir », explique-t-elle. Ce témoignage montre comment un geste simple, comme cultiver un jardin, peut devenir un acte de survie psychologique et physique dans un environnement où tout semble perdu. La jubraka incarne ainsi une forme de résistance culturelle et humaine face à l’adversité.
Malgré l’importance des jardins potagers, leurs limites sont évidentes. Les récoltes restent souvent insuffisantes pour nourrir toute une famille à long terme, surtout en période de sécheresse ou de conflit prolongé. Les semences et les outils manquent cruellement, et les habitants doivent souvent improviser avec des moyens rudimentaires. De plus, les attaques contre les zones rurales et les déplacements forcés de populations rendent difficile la pérennité de ces initiatives. Enfin, l’accès à l’eau, essentiel pour l’irrigation, est un défi majeur dans une région où les infrastructures sont détruites. Ces obstacles rappellent que la *jubraka* est une solution temporaire, mais pas une réponse définitive à la crise humanitaire qui frappe le Soudan.

