En Syrie, l’avenir incertain des combattantes kurdes : “La révolution
Avec l’intégration à marche forcée des institutions et forces kurdes à l’État syrien, le flou règne sur le sort des Unités de protection de la femme (YPJ), une brigade kurde exclusivement féminine qui s’est fait mondialement connaître pour son rôle dans la guerre contre Daech, raconte “The Times”..
Les Unités de protection de la femme (YPJ) sont une brigade militaire kurde composée exclusivement de femmes. Elles se sont illustrées mondialement pour leur rôle décisif dans la lutte contre l’État islamique (EI, aussi appelé Daech) en Syrie entre 2014 et 2019. Leur engagement a également permis de sauver des milliers de femmes yézidies, une minorité religieuse persécutée par Daech. Les YPJ font partie des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition militaire dirigée par les Kurdes mais incluant d’autres groupes ethniques et politiques. Leur action s’inscrit dans le cadre de l’autonomie du Rojava, une région du nord-est de la Syrie où l’égalité entre hommes et femmes est un principe central de l’organisation politique locale. Les YPJ symbolisent cette lutte pour l’émancipation féminine, combinant combat militaire et projet sociétal.
Fin août 2026, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont font partie les YPJ, ont annoncé leur autodissolution et l’intégration de leurs combattants dans l’armée nationale syrienne. Cette décision marque la fin d’une période d’autonomie de fait pour les Kurdes de Syrie, qui avaient établi une administration autonome dans le nord-est du pays après la chute de Daech en 2019. Les soldats masculins des FDS pourront continuer à servir dans l’armée syrienne, mais aucune proposition similaire n’a été faite aux combattantes des YPJ. Cette intégration forcée s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement syrien de Bachar al-Assad pour reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire national, après des années de guerre civile.
L’avenir des combattantes des YPJ est aujourd’hui incertain. Leur intégration dans l’armée syrienne n’est pas envisagée, ce qui pose la question de leur devenir. Leur engagement dans la révolution kurde et leur rôle dans la défense du Rojava ont façonné leur identité : pour beaucoup, « la révolution, c’est leur vie ». Leur exclusion potentielle de l’armée syrienne pourrait les priver d’un statut officiel et les marginaliser, alors qu’elles ont joué un rôle clé dans la stabilisation de la région. Leur sort dépendra des négociations en cours entre les autorités kurdes et le gouvernement syrien, ainsi que des garanties qui seront ou non accordées à leurs droits et à leur sécurité.
La Syrie traverse une phase de transition politique après plus d’une décennie de guerre civile. Le gouvernement de Bachar al-Assad, soutenu par la Russie et l’Iran, a progressivement repris le contrôle de la majorité du territoire, à l’exception de certaines zones comme le nord-est, majoritairement kurde. L’intégration des institutions kurdes au sein de l’État syrien, achevée en août 2026, marque une nouvelle étape dans ce processus. Cette intégration s’accompagne d’un affaiblissement des structures autonomes kurdes, dont les FDS et les YPJ faisaient partie. Le gouvernement syrien cherche à rétablir son autorité sur l’ensemble du pays, mais cette transition soulève des questions sur l’avenir des minorités et des droits acquis pendant la période d’autonomie.
Malgré les tensions politiques, les combattantes des YPJ continuent de revendiquer leur héritage révolutionnaire. Leur engagement ne se limite pas à un rôle militaire : il incarne aussi un projet de société fondé sur l’égalité des genres et l’autonomie locale. Leur image, souvent médiatisée, a contribué à leur notoriété internationale. Cependant, leur exclusion potentielle de l’armée syrienne pourrait les priver d’un statut officiel et les pousser à se replier sur des structures parallèles ou à quitter la région. Leur sort illustre les défis auxquels sont confrontées les femmes kurdes, dont l’émancipation a été un pilier de la révolution du Rojava.

