Le fiasco diplomatique de la pré-COP fâche les insulaires du Pacifique
Agir face au dérèglement climatique et s’adapter : chaque semaine, les pistes de la presse étrangère..
La pré-COP 31, une réunion préparatoire à la COP31 (Conférence des Parties sur le climat), s’est tenue du 6 au 8 octobre 2026 aux îles Fidji et aux Tuvalu. Contrairement aux années précédentes, cette édition a été marquée par une participation très limitée : seuls 14 dirigeants, tous issus de la région Pacifique à l’exception du Timor oriental et de Maurice, ont fait le déplacement. Initialement, l’Australie, chargée d’organiser la COP31 prévue en novembre 2026 à Antalya (Turquie), avait obtenu que la pré-COP se déroule aux Fidji pour mettre en lumière les enjeux climatiques des petits États insulaires du Pacifique, particulièrement vulnérables à la montée des eaux et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Cependant, l’absence des représentants des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre a été perçue comme un échec diplomatique majeur par les dirigeants locaux.
Maina Talia, ministre du Climat et de l’Environnement des Tuvalu, a exprimé sa déception et sa colère face à l’absence des dirigeants des grands pays pollueurs. Les Tuvalu, un archipel dont deux des neuf atolls sont déjà partiellement submergés, avaient espéré que cette pré-COP permettrait aux décideurs internationaux de constater directement les conséquences du changement climatique sur leur territoire. Le terme atuakoi, qui désigne un voisin dans la culture tuvaluane, implique des obligations de solidarité et d’attention envers les plus vulnérables. Cette absence a donc été interprétée comme un manque de considération envers les populations les plus exposées. Les Tuvalu, comme d’autres États insulaires du Pacifique, sont en première ligne face à la crise climatique, avec des risques accrus de disparition en raison de la montée des océans.
L’Australie, qui assure la présidence de la COP31, a été critiquée pour son manque de cohérence entre ses engagements affichés et ses actions. Bien que le Premier ministre australien, Anthony Albanese, ait promis lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2026 de ne pas laisser le Pacifique seul face à la crise climatique, son pays reste l’un des plus grands exportateurs mondiaux de charbon et de gaz naturel liquéfié. En septembre 2026, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud a autorisé l’expansion de la mine de charbon de Hunter Valley, une décision finalement annulée le 7 octobre 2026 par la Haute Cour d’Australie, faute d’évaluation suffisante des émissions de gaz à effet de serre liées à l’exportation du charbon. Par ailleurs, deux ministres australiennes ont été photographiées en train d’inaugurer un projet d’extraction de gaz de schiste dans le bassin de Beetaloo, l’un des plus grands gisements de combustibles fossiles au monde, qualifié de bombe climatique par la cheffe des Verts australiens.
La pré-COP 31 a été marquée par un incident technique symbolique : une coupure de courant et l’arrêt de la climatisation dans la salle de conférences du Sofitel Fidji Resort and Spa à Nadi, aux Fidji, le 6 octobre 2026. Cet événement, qui a interrompu les discussions pendant une demi-heure dans une atmosphère étouffante, a été perçu comme une métaphore des dysfonctionnements plus larges de la réunion. Il a rappelé les défis logistiques et environnementaux auxquels sont confrontés les petits États insulaires, souvent équipés de réseaux électriques fragiles et dépendants de systèmes de refroidissement essentiels dans un climat tropical.
Les États insulaires du Pacifique, comme les Tuvalu, les Fidji ou les Kiribati, sont parmi les plus menacés par le changement climatique. Leur survie dépend de la capacité des grandes puissances à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à financer des mesures d’adaptation. Les Tuvalu, par exemple, ont déjà perdu une partie de leur territoire en raison de la montée des eaux et envisagent même de demander l’asile climatique pour leur population. La pré-COP 31 était censée être une étape clé pour mobiliser les dirigeants internationaux autour de ces enjeux, mais l’absence des principaux pollueurs a montré les limites de la diplomatie climatique actuelle. Les négociations pour la COP31, qui se tiendra en Turquie en novembre 2026, s’annoncent donc difficiles.

