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Géopolitique

Des milliers de Serbes se pressent aux funérailles de Ratko Mladic, le “boucher de Bosnie”

Courrier International · mis à jour il y a 13 j

Le corps du général Ratko Mladic a été rapatrié et inhumé en Serbie avec les honneurs militaires, le lundi 7 août. Des milliers de personnes se sont rendues aux funérailles de celui qui est considéré par beaucoup de Serbes comme un héros, malgré sa condamnation, par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour des actes commis lors de la guerre de Bosnie (1992-1995)..

Qui était Ratko Mladic

Ratko Mladic était un général serbe de Bosnie, né en 1942 et décédé le 27 août 2026 à l’âge de 84 ans. Il a été le chef militaire des forces serbes de Bosnie pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995). Condamné à la prison à perpétuité par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) en 2017, il a été reconnu coupable de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Parmi ses actes les plus graves figure l’orchestration du massacre de Srebrenica en juillet 1995, où près de 8 000 Bosniaques (des Bosniens de confession musulmane) ont été tués. Ces crimes lui ont valu le surnom de "boucher de Bosnie", un terme utilisé par ses détracteurs pour dénoncer sa responsabilité dans ces violences.

Funérailles en Serbie

Le 7 septembre 2026, le corps de Ratko Mladic a été rapatrié en Serbie depuis les Pays-Bas, où il purgeait sa peine à La Haye. Ses funérailles ont été organisées à Belgrade, la capitale serbe, en présence de milliers de personnes. Le cercueil a été transporté par avion gouvernemental, recouvert du drapeau national serbe, et descendu par des soldats en uniforme. Un convoi funéraire a traversé la ville, salué par des dizaines de manifestants arborant des banderoles et des fumigènes en son honneur. Une cérémonie religieuse a eu lieu dans l’église orthodoxe Saint-Luka, suivie de l’inhumation dans un cimetière voisin. Ces hommages publics ont mis en lumière le statut de Mladic comme figure controversée, considérée comme un héros par une partie de la population serbe.

Réactions internationales

Les funérailles de Ratko Mladic ont suscité une forte réprobation à l’échelle internationale. L’Union européenne (UE) a exprimé son indignation face à la glorification d’un criminel de guerre condamné. Marta Kos, commissaire européenne chargée de l’Élargissement, a annulé une visite officielle en Serbie prévue le 9 septembre, déclarant que "la glorification autour de sa mort" était "incompatible avec les valeurs sur lesquelles l’UE s’est construite". Elle a ajouté que le retour de sa dépouille à Belgrade "replonge l’Europe dans les heures les plus sombres de son histoire récente", en référence aux violences des années 1990 dans l’ex-Yougoslavie. Ces réactions soulignent les tensions persistantes entre la Serbie et les institutions européennes concernant la mémoire des conflits des années 1990.

Contexte historique

La guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) a opposé les Serbes de Bosnie, soutenus par la Serbie, aux Bosniaques (musulmans) et aux Croates de Bosnie. Ce conflit, marqué par des crimes de masse et des nettoyages ethniques, a fait environ 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés. Le massacre de Srebrenica, perpétré en juillet 1995 par les forces serbes de Bosnie sous le commandement de Mladic, est considéré comme l’un des pires crimes de guerre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Le TPIY, créé en 1993 pour juger les responsables de ces crimes, a condamné Mladic en 2017 à la prison à perpétuité. Ce conflit reste un sujet de divisions mémorielles, notamment en Serbie où une partie de la population continue de voir Mladic comme un défenseur de la cause serbe.

Ce que ça pourrait changer

La mort et les funérailles de Ratko Mladic révèlent les tensions persistantes en Serbie autour de la mémoire des guerres des années 1990. Malgré sa condamnation internationale, Mladic reste une figure symbolique pour une partie de la population serbe, y compris parmi certains responsables politiques. Cette situation illustre les défis auxquels la Serbie est confrontée pour se rapprocher de l’UE, dont elle est candidate officielle depuis 2012. Les hommages publics rendus à Mladic risquent d’entraver les efforts de réconciliation régionale et de normalisation des relations avec les pays voisins, comme la Bosnie-Herzégovine. La réaction de l’UE montre que ces questions mémorielles restent un obstacle majeur dans le processus d’adhésion de la Serbie.

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