L’évaporation du monde – sur Dry Leaf d’Alexandre Koberidze
Quête d’un père à la recherche de sa fille disparue, Dry Leaf a été tourné avec un téléphone portable archaïque, transformant ce récit de voyage dans la campagne géorgienne en vibrant manifeste plastique. Derrière ces paysages saisis à gros pixels, c’est la peinture d’un (vieux) monde en voie d’évaporation.
Dry Leaf est un film réalisé par Alexandre Koberidze, sorti le 8 juillet 2026. Il s'agit d'un road-movie, c'est-à-dire un film dont l'action se déroule principalement pendant un voyage, ici à travers les campagnes et les collines de Géorgie. Le film dure trois heures et suit l'histoire d'Irakli, un professeur d'environ 60 ans, qui part à la recherche de sa fille Lisa, disparue après avoir quitté Tbilissi, la capitale géorgienne. Lisa, photographe sportive, avait pour projet de photographier les terrains de football des villages géorgiens avant de disparaître volontairement, laissant une lettre à son père lui demandant de ne pas la chercher. Le film aborde ainsi une quête personnelle et émotionnelle, tout en explorant les paysages ruraux de Géorgie.
Une particularité majeure de Dry Leaf réside dans sa technique de tournage. Le film a été entièrement réalisé avec un téléphone portable de première génération, datant de 2008, une époque considérée comme la préhistoire de la technologie moderne. Cette décision artistique donne au film une esthétique unique, avec des images à gros pixels et une définition volontairement vacillante. Les plans larges, souvent utilisés, accentuent cet effet de dégradation de l'image, créant une atmosphère visuelle qui rappelle la nostalgie d'un monde en train de disparaître. Le film est également co-réalisé par Alexandre Koberidze et son frère G., bien que leur rôle exact ne soit pas détaillé dans l'article.
Au-delà de l'intrigue personnelle, Dry Leaf explore plusieurs thèmes profonds. D'une part, il s'agit d'une réflexion sur la disparition et l'évaporation d'un monde, évoquant la nostalgie d'une époque révolue, symbolisée par l'utilisation d'un téléphone archaïque. D'autre part, le film joue avec l'idée de quête et de recherche, à travers le voyage d'Irakli qui tente de reconstituer le parcours de sa fille à partir d'indices dispersés. Enfin, le football, omniprésent dans l'histoire (Lisa était photographe sportive et les terrains de football jalonnent le voyage), sert de fil conducteur et de métaphore, notamment en lien avec la mélancolie évoquée par l'article.
Le style de Dry Leaf est marqué par son approche plastique audacieuse, qui transforme un récit de voyage classique en un manifeste visuel. L'utilisation d'un téléphone portable ancien et d'images volontairement dégradées en fait une œuvre expérimentale, où la technique sert le propos artistique. Cependant, l'article souligne que le film n'est pas exempt de critiques : il est jugé comme ayant certaines complaisances, c'est-à-dire des moments où le réalisateur semble indulgent envers lui-même ou son sujet, au détriment d'une rigueur narrative ou esthétique. Malgré cela, Dry Leaf reste une œuvre marquante, saluée pour son originalité et sa capacité à mêler émotion, réflexion et innovation technique.

