Guerre commerciale : pas d’accord avant les élections de mi-mandat américaines
Les deux pays ne retourneront pas à la table de négociation avant le scrutin du 3 novembre aux États-Unis..
La guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis n’aboutira pas avant les élections de mi-mandat américaines, prévues le 3 novembre 2024. Selon trois sources proches du dossier, des responsables canadiens ont informé les industries concernées qu’aucun accord ne serait conclu avant ce scrutin. Ces élections sont cruciales pour le Parti républicain, actuellement en difficulté dans les sondages. La Maison-Blanche, concentrée sur la campagne électorale, ne consacre pas ses efforts aux négociations commerciales. Aucun pourparler concret n’est en cours, alors que de nouveaux droits de douane sur le secteur automobile, annoncés par Donald Trump, doivent entrer en vigueur le 1er janvier 2027. Les deux pays maintiennent cependant des contacts informels.
Donald Trump a annoncé sur Truth Social en août 2024 que les droits de douane sur les voitures, camions, pièces automobiles et acier en provenance du Canada seraient augmentés à 50 % à partir du 1er janvier 2027. Cette mesure, si elle est appliquée, pourrait avoir des conséquences majeures pour les deux pays. Brian Clow, ancien chef de cabinet adjoint de Justin Trudeau, souligne que cette menace est suffisamment sérieuse pour inciter le Canada à négocier rapidement, même si son application reste incertaine jusqu’à la date butoir. Les acteurs de l’industrie automobile canadienne n’ont reçu aucune information officielle concernant ces nouveaux tarifs, mais Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces automobiles, estime que Washington ne pourra pas imposer ces droits sans paralyser le secteur automobile américain, dépendant à 25 % des pièces canadiennes.
Les élections de mi-mandat américaines de 2024 sont un enjeu clé pour le Parti républicain, qui risque de perdre le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat. Certains candidats républicains, comme la sénatrice Susan Collins du Maine, ont publiquement critiqué la guerre tarifaire avec le Canada, reflétant l’impopularité de cette politique auprès des électeurs américains. Brian Clow explique que cette opposition électorale aurait pu pousser l’administration Trump à conclure un accord avant le scrutin. Cependant, même en cas de victoire démocrate, les changements commerciaux seraient limités. Les démocrates pourraient lancer des enquêtes sur l’administration Trump ou freiner certaines politiques, mais Donald Trump dispose d’un droit de veto et de nombreux outils pour maintenir ses mesures commerciales, comme des décrets présidentiels ou des actions du département américain du Commerce.
Flavio Volpe, membre du Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, estime que les démocrates, s’ils prennent le pouvoir, pourraient apporter davantage de rationalité aux négociations commerciales. Cependant, il craint que Donald Trump ne cherche à imposer des droits de douane sur les véhicules et l’acier, malgré les risques pour l’économie américaine. Volpe prédit que Washington renoncera probablement à taxer les pièces automobiles, vitales pour la production américaine, mais souligne que Trump pourrait sacrifier des emplois à Détroit pour défendre une position incomprise. Les fabricants canadiens de pièces automobiles, représentant un secteur clé de l’économie nationale, restent en attente de clarifications officielles sur les nouvelles mesures.
Malgré les tensions commerciales, les responsables des deux pays maintiennent des contacts, mais aucun calendrier de négociation n’est établi. Brian Clow et Flavio Volpe s’accordent à dire que les Canadiens ne doivent pas s’attendre à un répit à court terme, quel que soit le résultat des élections de mi-mandat. Les outils à disposition de l’administration américaine, comme les décrets ou les mesures du département du Commerce, permettent à Donald Trump de poursuivre sa politique commerciale sans nécessiter l’approbation du Congrès. Les acteurs industriels canadiens, notamment dans l’automobile, restent en état d’alerte, conscients que les décisions américaines pourraient avoir des répercussions immédiates sur leur activité.

