La proposition libérale sur les paris et casinos en ligne est risquée, selon une experte
La présidente du rapport d’experts sur lequel s’appuie le PLQ renie certaines de ses conclusions de l’époque..
Le Parti libéral du Québec (PLQ) propose de créer un système de licences pour les compagnies de paris et casinos en ligne. Cette idée vise à encadrer un marché actuellement illégal ou peu contrôlé. Cependant, cette proposition est critiquée par la psychologue Louise Nadeau, experte en dépendance au jeu. Elle estime qu’accorder des licences pourrait aggraver les problèmes de dépendance plutôt que de les réduire. Selon elle, cela créerait un free for all (un environnement sans règles strictes), où les entreprises privées pourraient exploiter le marché sans suffisamment de garde-fous. Le PLQ s’appuie sur un rapport de Louise Nadeau datant de 2014, qui recommandait alors cette approche, mais celle-ci a depuis changé d’avis en raison de l’évolution du marché et des données récentes.
En 2014, Louise Nadeau avait présidé un groupe de travail pour le ministère des Finances du Québec. Ce groupe recommandait de ne plus confier la gestion du jeu en ligne à Loto-Québec, l’organisme public québécois gérant les jeux de hasard, et de plutôt instaurer un système de licences pour les exploitants privés. Il proposait également de confier la prévention des problèmes de jeu à un organisme indépendant, plutôt qu’à Loto-Québec. Ces recommandations n’ont pas été retenues par le gouvernement de l’époque. Cependant, elles ont resurgi lors de la campagne électorale actuelle, portées par le candidat libéral Charles Milliard, qui s’est engagé à créer un système de licences et à réinvestir une partie des revenus dans des programmes de prévention.
Louise Nadeau a revu ses positions en 2026, estimant que ses recommandations de 2014 ne sont plus adaptées. Elle souligne que le contexte a radicalement changé depuis, notamment avec l’essor des smartphones (téléphones portables intelligents) qui rendent les jeux de hasard accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Elle cite l’exemple de l’Ontario, où la libéralisation du marché des paris en ligne en 2022 a entraîné une hausse de 50 % du nombre d’élèves du secondaire ayant parié de l’argent en ligne entre 2023 et 2025. Selon elle, la libéralisation stimule le marché, augmente les profits des entreprises et, par conséquent, le nombre de joueurs pathologiques, malgré les mesures de prévention.
En 2022, l’Ontario a mis fin au monopole de l’OLG (Ontario Lottery and Gaming Corporation), l’équivalent de Loto-Québec, pour libéraliser le secteur des paris en ligne. Le gouvernement ontarien a instauré un système de redevances de 20 % sur les revenus des entreprises accréditées. En 2025, l’Ontario a récolté 575 millions de dollars auprès d’environ 80 entreprises. Cependant, cette libéralisation a aussi eu des effets négatifs : une étude du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto a révélé une augmentation de 50 % des paris en ligne chez les adolescents ontariens entre 2023 et 2025. Louise Nadeau craint que le Québec ne reproduise cette tendance si le système de licences est adopté, malgré les promesses de prévention.
Face aux risques liés à la libéralisation, Louise Nadeau propose désormais de faire confiance à Loto-Québec, l’organisme public québécois. Elle souligne que Loto-Québec s’est amélioré en matière de jeu responsable depuis 2014 et siège même à un comité d’experts créé par cette société d’État. En 2025, Loto-Québec affirmait occuper 60 % du marché du jeu en ligne au Québec, une statistique contestée par l’industrie privée, qui l’estime plutôt entre 17 % et 23 %. Loto-Québec n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Devoir. Pour Louise Nadeau, Loto-Québec pourrait mieux encadrer le marché que des entreprises privées, tout en offrant des ressources aux joueurs en difficulté.
Un des défis majeurs pour le Québec est de réguler un marché du jeu en ligne largement illégal. Louise Nadeau reconnaît qu’il est difficile, voire impossible, de contrôler totalement les activités en ligne. Elle propose de mener des études sur les coûts sociaux liés au jeu problématique avant d’adopter un système de licences similaire à celui de l’Ontario. L’industrie privée, représentée par la Coalition québécoise du jeu en ligne (qui regroupe des entreprises comme Betway, DraftKings et Flutter), salue la proposition libérale. Elle argue que les entreprises sérieuses ont besoin d’un cadre réglementaire stable pour se distinguer des sites illégaux, qui peuvent représenter un risque pour les utilisateurs.
La proposition du PLQ a suscité des réactions variées. Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a félicité Charles Milliard, le candidat libéral porteur de cette idée, lors d’une émission télévisée. De son côté, l’industrie du jeu en ligne se réjouit de cette libéralisation potentielle. La Coalition québécoise du jeu en ligne, qui représente sept entreprises, a salué cette proposition dans un communiqué. Elle met en avant la nécessité d’un environnement réglementaire stable pour offrir des services légitimes et sécurisés, tout en protégeant les données des utilisateurs. Cependant, l’industrie ne dispose pas d’informations sur la part des revenus provenant des joueurs dépendants, un sujet souvent critiqué par les experts.

